Ô combien les objets révèlent les mains !
celles qui les fabriquent
celles qui les arborent
celles qui les manipulent
céramique du potier
bague du notable
glaive du comploteur
le livre demeure à part
ses signes et ses lignes
éclairent nos visages
tout comme la musique
embrasse les oreilles_
Bènnbènn scarifie ses flancs
pourtant Bènnbènn
nous survivra_ […]
Nos lisions les yeux incandescents
sourires à la dérobée
jamais habillées autrement
que de vert et de bleu
au réfectoire il arrivait
que nous savourions
une soupe de criste marine
ou un ragoût de patelles
comme si nos bouches n’étaient qu’une_
Tasheritt Namoû
a parlé pour la première fois
un an après notre arrivée
les mains dans le savon
je ne me souviens plus
de ce qui fut dit
seulement de ses lèvres ouvertes
langue parchemin
que j’embrasse encore
aujourd’hui_ […]
L’été les tornades emmêlaient chaluts et bancs de sable
arrachaient mâts voiles et gouvernails
les corps s’évanouissaient toujours
dans le sillage du Mirmènns
à mon âge
je défie les bourrasques
à la recherche de silhouettes
qui révéleraient enfin
leur nom_

Axel Sourisseau, Bénnbénn, La Crypte 2026, pp. 20, 21, 28, 29, 33…
Né à Nantes en1988, Axel Sourisseau a étudié l’histoire de l’art et l’archéologie. Après avoir publié Le ravin aux ritournelles (2018) et catafalques (2020) aux éditions de La Crypte, il a fait paraitre nos bouches gorgées d’herbe pourpre chez Lunatique en 2023…. Des livres qui révèlent aussi peu à peu le pays kinnrade, géographie fictionnelle entre mer et montagne, dotée de sa propre langue et de légendes singulières… Bènnbènn, son quatrième ouvrage, dépeint un nouveau pan de ce paysage.
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