À regarder alentour, l’écharde du présent
toujours se plante dans la chair. Où trouver
la source qui ne peut se tarir pour abreu-
ver l’espérance ? Où dormir sans que nous
assaillent les cauchemars du monde ? Où
vivre dans le tic-tac d’une horloge qui se
changerait en mélodie ?
Grappes des vignes, graines à la cime
des herbes, ciel bleu penche sur le fleurs
d’un champ de lin, on cherche l’annonce
d’un temps baigné de rires, de chansons
claires, de mains caressantes, de mèches de
cheveux lissées avec amour entre les doigts.

On se souvient d’une enfance ignorante des
forces qui déchirent les heures.
Sur la pointe des pieds, les jours passent en
courant. Ils creusent un sillon où le silence
est une eau. Elle creuse un lit où notre mort
viendra s’étendre. Ce silence est une eau
claire. Peut-être oublions-nous de la boire
pour nous rejoindre, pour que la vie habite
notre mort.
Étoile morte qui me donnes encore ta lu-
mière, te souviens-tu d’avoir brûlé comme
les autres au firmament de nos vies éphé-
mères ?
Philippe Mathy, Pencher le cœur, Peintures de Marie Alloy
Collection Grand ours, L’Ail des ours I n°32, 2026, p.19, 20.

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