Chasse
Il y a longtemps je courais tout nu
Dans la forêt de Vercingétorix
J’imaginais joyeux l’apocalypse
Mangeais mon corned-beef buvais mon jus
De pomme couleur whisky dix ans d’âge
Transvasé dans une flasque d’époque
Par ma mère j’aimais le mot sauvage
Sous les grands arbres je lisais Amok
Dans une petite boite en métal
Enterrée au nord-ouest d’un bouleau blanc
J’avais disposé méthodiquement
De quoi vivre en plein Massif central
Corde briquet paquets de Petit Beurre
Toujours sur moi le couteau de mon père
Dont je tenais le manche en bois de cerf
La nuit dans mon tipi quand j’avais peur
***
Planisphère
J’aimerais être un homme bon
Mais je ne sais pas comment faire
Dans les rues la nuit je me perds
Et mes idées ont des rebonds
Aider le Secours populaire
Partir enseigner au Gabon
J’aimerais être un homme bon
Mais je ne sais pas comment faire
Protéger mandrills et gibbons
Être présent pour mon vieux père
« Allô ! » personne ne répond
Je vais chercher mon planisphère
J’aimerais être un homme bon
***
Mocassins
Je suis le plus heureux de tous
Avec mes mocassins indiens
Presque entièrement cousus main
Sous le macadam l’herbe pousse
Je me promène à Saint-Germain
Les grandes plaines me sont douces
Je marche sans faire de bruit
Passe devant Les Deux Magots
-Plateaux d’huîtres avec dessert-
Pense à la vie selon ces mots
« Souffle d’un bison en hiver
Et luciole dans la nuit »
Guillaume Decourt, Harmonica, etc., La Table Ronde 2026, pp.57, 74, 99.

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