
Sauve quelque chose
Guasgi notti ziteddu, è conti tù di chi
manera sò stati liati certi distina à i
custillazioni, d’un parsunaghju o d’una
bestia. In celi a to propria avvinta
raprisintata, adunvarsata in u libru,
varchi u primu sensu par scenda, longu
a ràdica d’una parola, à circà suttitarra
un’antra virsioni di tè, una forma eròica.
Si je savais
raconter les histoires
mes yeux seraient deux trous percés
dans le pelage de la nuit.
Une bête s’est avancée jusqu’à moi
depuis la droite,
elle dort maintenant sur le seuil.
Un éclair est tombé sur la mer et la réalité
s’est changée en une vie très ancienne.
Tous les chemins s’étoilent depuis la
maison de mon âme,
elle était encore aujourd’hui après l’ani-
mal doux, après le sentiment laissé, en-
core en compagnie de la couleuvre et du
feu, mon âme est chaude, elle est froids.
elle demande tout le temps.
Toi et moi, dans un rêve éveillé, nous
échangerions nos visages
tu vois, je sais jouer
avec les souvenirs.
J’ai parcouru ces lieux il y a longtemps.
Je reviens quand tu ne m’attends plus.
Ad ugni abbrucata ti tocca à rifà. U
viaghju longu ingiru à a to casa. U tempu
longu passatu cù a furmicùla nera è a
chjappà a biciàrtula, è a notti veni, cù
a paura d’una fèmina chì a so lingua
hè un filu, par bia a to vita d’un basgiu
direttamenti à u pulsu.
Enfant de la nuit tu as plusieurs visages
et chacun est aimé, véritablement.
Chien Totem Héros voyageur à la lan-
terne compagnie familière à choyer
encore un peu dans sa maison avant
d’échanger ce monde contre un autre,
étreinte des mains grandes et petites,
mon enfant fatigué qui se couche et
s’endort au début de la phrase, pleure
parce qu’il ne trouve pas dans les tré-
fonds ce qu’il était venu chercher, pas
assez de lumière pour voir, et qui joue-
rait jusqu’à tard, encore un peu, enfant
vieilli parce qu’il le voulait très fort, plus
grand ce matin que son vêtement, plus
évident dans la finesse d’une silhouette,
mon enfant vieux qui ne savait rien des
statues que l’on trouve encore sous la
terre, des prémices qui s’éloignent déjà.
Stefanu Cesari / Xavier Dandoy de Casabianca, « Sauve quelque chose » in
Enfant de minuit, Éditions Éoliennes, 2026, pp.6,7.


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