Derrière nous
——–
Nous glissions sur la route des arbres
– des restes d’image –
montaient devant nous,
scintillants comme l’ardoise de notre ville
alors que tout existait encore –
Jeunes de nos vagues savoirs
Nous préférions la pêche dégoulinante à nos lèvres
qui n’avaient pas encore assez embrassé
et mangions le jus éclatant
Nous avions toujours les vitres ouvertes
Les yeux perdus vers les cimes
Été, hiver
Nos saisons tachées
de sensorialités brutes.
Je vois nos peaux tendues par le froid du lac
Jambes et fesses nues
Je devine ton frissonnement envahir
le lac de plus en plus bleu, c’est la nuit,
route sud-ouest ouest
Et c’est toi, dans nos sacs de couchage, qui ris dessous le paysage couvert de
chênes blancs aux cimes larges, tant d’espaces qui nous écrasent, d’étoiles
rafraîchissantes, de directions sous la grande voûte par où se perdre –
tant de paysages aujourd’hui que je dois pénétrer de force pour
Te dire comme tu étais vivant
au cœur de celle qui, lâchée seule, écrit
au sujet des corps qui comptent/ ont compté-
espérant éloigner encore un peu plus le temps où tu deviendras image mentale,
comme nous tous radiés de souffle.
Laurence Werner David, « L’ami, le ciel déchiré » in Dans l’abri anglais, Éditions LansKine 2026, p. 45.

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