
Renaud Allirand
ça pourrait être une autre histoire mais
les mains de Camilo
réveillent en mon corps
la mémoire du tien
tout contre
et celui de l’enfant
que nous avons été
ensemble
ta main (mon cri mon silence) me répond
et son absence même en m’embrassant
me guide
ta main (ensemble) pour relâcher l’étreinte
ne plus attendre n’attendre
plus rien que
apprendre la lumière aller
au ras du sol
parmi cela qui passe
ta main (que l’eau délie) le parchemin usé
de nos peaux qui s’effacent
cette douceur
ta main (comme je m’endors) m’abandonne
y oublie notre mort
notre souffle
et si ta main (la terre) écoute encore
la fuite de l’eau très loin
l’enfance buissonnière
chante le temps qui nous sépare
ne nous sépare pas
ta main (toutes les roches) et l’écorce
comme dérivent les continents récite ce jardin
ta main (mon poème) grimpe la lumière encore
malgré toute la cendre du ciel
François Coudray, Et si s’effacent, Illustrations Renaud Allirand, L’Ail des ours /n°4, collection ‘coquelicot, 2024, pp. 13, 14, 15, 17

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