Die Gegend die ich liebte liegt im Dunst
jägst schon bewohnen andere Leute
meine Vergangenheit
Le pays que j’aimais sommeille dans la brume
il y a bien longtemps déjà que d’autres habitent
mon passé
Vielleicht
gibt es zwischen dir und dem Ende
einen Garten oder gar einen Freund
Peut-être
y aura-t-il entre toi et la fin
un jardin peut-être même un ami
Dort ein Land und hier ein anderes
eine späte Welle überspült den Nachmittag
Une contrée là-bas et ici cette autre
une vague tardive vient inonder l’après-midi
…
Mich durstig geträumt
und einer Wüste begegnet
Rêvé jusqu’à la soif
et rencontré un désert
…
In Ruhe abwarten
bis mir einfällt
wie ich mich auflösen kann
Attendre tranquillement
de savoir
comment je pourrais me dissoudre
Lautlosigkeiten
aus feingemahlener Zeit
Silences
de temps moulu très fin
Werner Lutz, Die Mauern sind unterwegs / Les murs sont en marche, Poèmes traduits de l’allemand par Natacha Ruedin-Royon, Peintures de Laurent Delaire, PO&PSY, Éditions érès 2026, pp.10,11,12, 14,19, 20.
Werner Lutz (1930-2016), originaire de Suisse orientale, s’est établi au bord du Rhin, à Bâle où il a travaillé comme graphiste tout en s’adonnant à la poésie et à la peinture, et à Binningen. Malgré l’attribution de nombreux prix de poésie, sa discrétion, qui l’a tenu éloigné du public, a fait de lui un « grand poète suisse célèbre mais pas connu. »
Peinture de Laurent Delaire

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