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mes mains. Ouvertes devant toi
comme un grand ciel incendié
et mon rire t’invoque
tel un été vagabond
je sens. L’odeur âcre de la mort
pareil au chant monotone
brûlant l’ellipse
l’écume est aussi semblable
à nos ruines lointaines
après toi
Il y a la déroute – ce sentiment
que tu portes si loin des rivages
et après toi – il y a la mort
comme ce mot suspendu
à mes lèvres
et le chagrin des ténèbres
ainsi je parcours les hurlements des bêtes
sur les rochers sombres tels des feux sortant des entrailles
des faunes
ces longs bras suspendus
ces marécages faisant appel aux combats fratricides
ces voix criant à la nuit comme des chants irréels
je ne sais de toi que les ronces qui chantent l’aube
au loin. Le vent rétif tel le fer rouge des bateliers et ce
fleuve qui est en toi n’est que mon dernier soupir
autour de l’arbre
ton silence est plus beau que la foudre qui t’apprend à
danser
ma voix bègue du soleil souillé comme des nuits qui
s’éloignent de ta nuque
je traverse les méandres logés dans mon ventre et de tes
larges mains
te souviens-tu
des mots
des morts sans paroles
des corps
-non, des mots, des villes pillées
pliées sur tes genoux
comme cet enfant mort par balle
et ta voix qui hurle
comme ce pays qui meurt
qui disparaît
ce pays que je fuis
et qui reste dans ton regard
te souviens-tu
ton visage
collé au sol semblable
au repos
aux pierres blanches
corps vide du destin
la flamme nue des étreintes
comme celle des épopées
que ton appel soit celui
des hommes et des terres propices
Watson Charles, Constellations des ruines, suivi d’autres poèmes, Préface d’Hélène Fresnel, Æthalidès 2026, pp.22, 23, 24.
Watson Charles a étudié les Lettres modernes à l’École normale supérieure (ENS) de Port-au-Prince. Lauréat du prix Christiane Baroche (SGDL) pour Le Goût des ombres (2024), il a également reçu la mention spéciale du prix Senghor du premier roman francophone et francophile pour Le Ciel sans boussole (2021).

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