ph. Angèle Paoli / « cet appel déchirant d’une rose veillant sur son parfum »
nos mots, souvent si vains, s’en vont ainsi re-
joindre les abîmes insatiables d’une mémoire nau-
fragée dont nous avons perdu l’usage, murmure
dérivant dans la parole du poème – qui n’a qu’une
seule phrase à nous faire entendre et à dérouler,
toujours la même, toujours inachevée et indéfini-
ment reprise, nous promettant un sens invariable-
ment différé, toujours remis en cause
dégageant ainsi un passage dans une veille à
vif dont le chantier, toujours ouvert, n’est fait que
d’issues dérobées, mais dont une lumière émane,
distillée dans les branches des peupliers, le miroite-
ment de leurs feuilles sur l’eau qui les retient, nous
incitant à les saisir plus ardemment de les savoir
inaccessibles.
demeure toujours cependant, dans ce bal de
vautours qui s’affrontent au faîte de la déraison, cet
appel déchirant d’une rose veillant sur son parfum,
acculée, dos au mur, à un soir qui ne s’entrouvre
plus, survivante parmi les gravats et la cendre des
villes mortes, comme si elle n’avait jamais été chas-
sée du jardin d’origine.
peut-être faut-il alors, croire comme elle, qu’à
la plus haute branche du sapin un vide infime at-
tend le rossignol qui saura faire résonner sa voix
dans le cristal de l’air, rallumer au creux de la nuit
cette lumière qui nous manque
Michel Diaz, Embrasures, Postface de Michel Lamart,
Le Taillis Pré 2026, pp.42, 43.

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