TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Camille Loivier | Je la suis devenue

Publié le :

22 avril 2026

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Catégorie(s) :

 

On ne nait pas
femme mais
un en meurt

rue Saint Bruno
faxe à l’église Saint Eustache
20 octobre

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*
Ouïghoures
torturées
et violées

rue d’Oran
11 octobre

*

À nos sœurs
ouïghoures
stérilisées de force

rue Max Dormoy
20 octobre

*

En soutien à Gulbahar Haitiwaji

Gul est rose
Bahar printemps

Dans la confidence de retourner chez soi
« j’ai bel et bien disparu »
enchaînée aux barreaux du lit

c’est le printemps au « laogai »
les mots
ingurgités dans la bouche le ventre



             —ont brisé
le stérilet

c’est un immense désert de cailloux gris
sous un centre de détention
sur l’or qui brille noir
« les bras le long du corps » chaque matin
elle récite
le mandarin du règlement
par cœur
chez soi, elle n’est plus
les longs cheveux noirs brillant de henné coiffés par sa mère
sont coupés courts
près du puits
le cerveau est lavé
Gul printemps
Bahar rose

*

Rue Cesaria Evora (chanteuse capverdienne 1941-2011)
3 novembre

*

Lesbienne n’est pas une insulte

rue Marcadet
17 novembre

*

deux femmes s’aimaient
leurs corps
l’une dans l’autre
étaient double

des bras et des jambes
à n’en plus finir
innombrables doigts

enveloppés de nuées
revenues de tout

*

Chloé aime Olivia*

elle brise la vitre
qui la sépare du monde
traverse les rides de l’eau
facilement
les soupèsent
la peau qui contient l’écriture
en recopiant s’assouplit
l’haleine rentre dans le cahier

l’émotion
très très serrée
dans le cocon des mots
— tu rechignes à dire —
ce qu’elle a tenu dans sa main

l’inattendu remonte des profondeurs
— impénétrables —
avant de sauter
à la figure

*

Heureuse, je la suis 

Camille Loivier, « La rivière » (pour Ariane) in Je la suis devenue, Photo de l’autrice : Monastère de Labrang, éditions LansKine 2026, pp. 32, 33,34, 36,37

*Virginia Woolf, Une chambre à soi 

« Entre septembre 2020 et novembre 2021, lors du « demi-confinement », j’ai sillonné les rues de mon quartier en suivant les collages féministes sur les murs. J’errais de rue en rue, étonnée à chaque mot, phrase, message, allant dans des lieux où je n’allais que rarement, portée par mes pas et non par un but, glanant, flâneuse et vagabonde. La ville jusqu’lors muette, hostile et soudain devenue parlante, généreuse, inclusive. Elle n’était plus objective, mais subjective, pleine d’émois et d’attention. Quelque chose avait changé… » Camille Loivier, p.7

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