TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Carine Adolfini | Dehors, il y a un jardin

Publié le :

12 avril 2026

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C’est là que tout commence.
Au moment où l’on apprend que rien ne tient nos gestes.
(J.-L. Giovannoni)

L’ébauche d’être là, sa couleur invisible, on ne sait
pas quelle encre y jeter. Nous savons bien que ce
souffle est le dernier. La peau rétrécit, ça va casser.
Je veux penser, je veux me retirer et penser, réfléchir
sans moi d’un trait blanc passerelle.
Ce vent de poussière annoncé. Tout un monde
s’avale, le ciel se soustrait. L’ombre cache un bout de
visage sous des messages discrets. Sous chaque pas la
feuille fait bruit de seuil. Tout bruissement pour toi
ramène.
On aimerait tant que ce qui nous sépare trouve asile
sous la peau, qu’un éclair prenne chair. On voudrait
que ceux qui partent fassent à peine nœud. On sait
bien qu’il n’y a plus à prendre mais la main fouille
encore où rien ne vient.
Quand les façades s’éteignent, à chaque étage les
nuits à la nuit se mêlent. La maison est plus grande
parce qu’il n’y a plus de murs et presque plus de
bruits. On craint que l’ombre devienne corps réel. Il
faut laisser les images effacer les images. On n’aurait
pas de mots pour prononcer les phrases qui ne
circulent qu’ici. On ne cherchera pas non plus à ces
heures d’issue. Tout est dedans et s’annonce lamelles,
la table, la bouteille et la lampe lambris. On reste là,
à cause de la transparence des traces. On ne sait plus
perdre pied ni prendre le large, on n’a plus l’âge pour
glisser sur les rampes comme au temps où le ciel et
la terre s’aimaient.

Carine Adolfini, Dehors il y a un jardin, illustration de couverture Nolwenn Renard, Éditions Éoliennes 2025, pp.24,25.

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