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[SE CALMER. REPRENDRE SOUFFLE]
Se calmer. Reprendre souffle. Etaler la narration. Dire. Simplement le dire : elles étaient mères et filles les aïeules. Une permanence qu’elles lui découvraient, si vieilles, jamais domptée, que sa propre existence n’accroissait ni ne déterminait. Ni une mère seule, ni une fille seule, mais mère et fille dans la violence indomptée de se séparer, cela entre qui s’engendre, et elle, l’enfant, caduque soudain sa propre substance d’entre fille et mère d’elle expulsée, volée, hors d’elle exhibée, n’étant plus alors d’aucune mère la fille, ne l’ayant à cet instant jamais été mais cela que les très vieilles lui découvraient sans fond ni cils ni margelle non regard véritablement regard, non regard qui regarde mais passive et fervente dilatation de vide exorbitant les limites du corps tout autour, tout le corps autour se faisant bordure poreuse, lacunaire, réceptacle où la totalité de la scène venait de s’engouffrer Nul autre repère que cet obscurcissement du sens, nulle autre voie que celle où procéder tendue vers la rupture, accumulant les éléments analogiques jusqu’à ce que parmi eux irrupte, brut, opaque, méconnaissable, celui que ni l’écriture ni le corps ne soutiennent plus mais cette sauvagerie du refus de désespoir quand le refus ne se distingue plus de l’acceptation quand l’acceptation s’affole de ne pouvoir être celle qui abolira le mouvement du corps qui follement s’arque puis de tout son poids retombe les limites du corps par le corps rappelées alors te réenserrent tu te réhabites, crois-tu, neuve, épuisée et cependant te perds ne sais ce qui de toi se perd reflue dans les feuillages bruissants les colonnes impitoyables et douces s’écartent, les racines sur tes lèvres incurvent l’arche qui les joint, les sépare, tu ne t’arrêtes pas, je cours à tes côtés, l’arbre léger du souffle te tire en avant de tes lèvres, très légèrement te devance, tu ne t’arrêtes pas, le rejoins, je le vois, l’entends, c’est son nom son nom de fils comme un rouge arbrisseau de brume sur ta bouche Françoise Clédat, Mi(ni)stère des suffocations, Scène 5, éditions Tarabuste, 2021, pp. 33-34. ![]() |
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