TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Michel Baglin | À quai

Publié le :

22 juillet 2020

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À QUAI




Désormais j’entre dans les gares
par effraction, par l’arrière,
du côté des grelots des passages à niveau,
du côté des friches rebelles,
des voies déposées,
des wagons à l’abandon
sombrant dans les herbes folles
et les souvenirs qui s’éteignent.

J’avance en me demandant
à qui peuvent bien parler
la maison du garde-barrière
et son jardin en jachère,
à qui tout ceci saurait-il en secret
raconter encore
des histoires de trains fous,
ou pousser des gosses
à se tordre les pieds
sur les cailloux du ballast
jusqu’au dépôt déserté,
jusqu’aux carcasses de la casse
où l’on s’initie à tout âge
au grand voyage.

Sous les horloges des quais,
j’avance dans le silence
des horaires suspendus.
Faute de remonter le temps,
je remonte les trains.
Je n’attends rien.
Plus personne n’en descendra.
Ma vie est faite.




Michel Baglin, « Faux départs », Un présent qui s’absente, éditions Bruno Doucey, 2013, pp. 43-44.





Michel Baglin  Un présent qui s'absente




MICHEL BAGLIN (1950-2019)


Michel Baglin
Ph : David Bécus
Source





■ Michel Baglin
sur Terres de femmes


Sentier d’automne (poème extrait de L’Obscur Vertige des vivants et autres approches)




■ Voir aussi ▼


→ (sur Recours au poème)
Un présent qui s’absente, Entre les lignes (lecture de Philippe Leuckx)
→ (sur La Pierre et le Sel)
un entretien avec Michel Baglin (17 mai 2013)
→ (sur Terre à ciel)
une page sur Michel Baglin
→ (sur Esprits Nomades)
une page sur Michel Baglin





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