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À QUAI
Désormais j’entre dans les gares par effraction, par l’arrière, du côté des grelots des passages à niveau, du côté des friches rebelles, des voies déposées, des wagons à l’abandon sombrant dans les herbes folles et les souvenirs qui s’éteignent. J’avance en me demandant à qui peuvent bien parler la maison du garde-barrière et son jardin en jachère, à qui tout ceci saurait-il en secret raconter encore des histoires de trains fous, ou pousser des gosses à se tordre les pieds sur les cailloux du ballast jusqu’au dépôt déserté, jusqu’aux carcasses de la casse où l’on s’initie à tout âge au grand voyage. Sous les horloges des quais, j’avance dans le silence des horaires suspendus. Faute de remonter le temps, je remonte les trains. Je n’attends rien. Plus personne n’en descendra. Ma vie est faite. Michel Baglin, « Faux départs », Un présent qui s’absente, éditions Bruno Doucey, 2013, pp. 43-44.
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MICHEL BAGLIN (1950-2019)![]() Ph : David Bécus Source ■ Michel Baglin sur Terres de femmes ▼ → Sentier d’automne (poème extrait de L’Obscur Vertige des vivants et autres approches) ■ Voir aussi ▼ → (sur Recours au poème) Un présent qui s’absente, Entre les lignes (lecture de Philippe Leuckx) → (sur La Pierre et le Sel) un entretien avec Michel Baglin (17 mai 2013) → (sur Terre à ciel) une page sur Michel Baglin → (sur Esprits Nomades) une page sur Michel Baglin |
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