![]() Ph. © Maxppp – Vincent Peirera PREMIÈRE PLUIE Jour tranquille. Qui nous regardera ? Les nuages et d’autres. Et brusquement tu dis : peut-être est-ce la pluie qui vient ? Tu dis doucement : je ramasse ce que j’ai laissé tomber hier. La nuit bruit dans ton âme, des choses qui appartenaient à tes pères d’autrefois sont à toi. Et tu fais tes bagages sans plus les ouvrir. Tu dis : ceci n’est pas pour moi. Tu es déjà promis à autre chose. Et soudain tu le sais tu es surpris dans tes amours. Tu sais que tu as manqué les cibles. Tu es parti depuis longtemps. Tout en toi est déjà remplacé : toi par eux, eux par leurs plaintes, la nuit par le jardin, la pluie par ta bien-aimée, toi par les arbres et la mer par le sable. Yehuda Amichaï, Perdu dans la grâce, poèmes choisis, éditions Gallimard, Collection Du monde entier, 2006, page 55. Traduit de l’hébreu par Emmanuel Moses. ![]() |
YEHUDA AMICHAÏ![]() Source ■ Yehuda Amichaï sur Terres de femmes ▼ → Poème d’Achziv, VII (autre poème extrait de Perdu dans la grâce) ■ Voir | écouter aussi ▼ → (sur le site de France Culture) Le secret professionnel du grand poète de Jérusalem Yehuda Amichaï (Yehuda Amichaï raconté par Emmanuel Moses), 31 janvier 2016 → (sur Esprits Nomades) Yehuda Amichaï, La vigie de Jérusalem |
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