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[EN APNÉE]
En apnée Parce qu’il m’est trop lourd de respirer ce qui n’existe plus Parce que ce ne sont pas les poumons mais la mémoire qui respire Les souvenirs ne nourrissent pas leur femme – ils la dessèchent – la font de paille et d’orge – un pain quotidien d’amertume Ne me buvez pas : le goût frelaté de la mort rôde. En apnée Parce qu’il arrive que l’air oublie son rôle, se raréfie Comme s’il se croyait au sommet de l’Annapurna ou de la Nanda Devi Hélas je grouille plus bas que l’air, plus bas que la terre, plus bas que la mer L’île est une presqu’île rattachée par les pieds à une barre de fer rouillée qui traverse nos douceurs pour nous dire : souvenez-vous. En apnée Comme si au bord du Gange ou du Grand Bassin tu aspirais les chants liturgiques qui promènent dans ton corps l’indécence des croyances, celles qui, toujours, te trahissent te font croire aux grandes puissances des mères et des pères avant de les dissoudre en poussière Tu sais que respirer c’est t’emplir de la suie des vies dont il ne reste plus rien que la langue des flammes corps qui se disloquent, chœurs entonnés par les cloches vêtus de jaune vêtus de noir vêtus de blanc le Gange ne s’arrêtera nulle part, ni pour les prieurs ni pour les mourants encore moins pour les absents remonter le Gange c’est remonter à la source du vivant avant n’était que chant – ils ont chanté avant que de savoir et ils sont oublié avant que d’être et ils sont morts avant que de devenir et ils ont disparu lorsque la dernière cloche a sonné. Ananda Devi, Danser sur tes braises suivi de Six décennies, éditions Bruno Doucey, collection « L’autre langue », 2020, pp. 40-42. ![]() |
ANANDA DEVI![]() Source ■ Voir | écouter aussi ▼ → (sur le site des éditions Bruno Doucey) la notice de l’éditeur sur Danser sur tes braises → (sur YouTube) Ananda Devi, 5 Questions pour Île en île → le site officiel d’Ananda Devi |
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