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CET ANCIEN LIEU
J’étais cet enfant dans l’arbre, ramassé sous les branches, embrassé par le grand corps écartelé de la ramure, j’avais un lieu d’où je pouvais voir le monde, et peut-être le dire. Cet ancien lieu, nous le cherchons tous à tâtons dans nos vies, à tous les embranchements, dans tous les nœuds que serre le bois mort de nos émotions. Du haut du mât de l’arbre quelle est cette terre neuve, ce mystère inaccédé qui mange nos yeux, comment démêler l’entrelacs de hasards qui coud les branches et découpe l’île prochaine ? Je suis encore cet enfant sans autre âge que l’éternité, et qui habite follement cet arbre immense : son feuillage nocturne recouvre désormais le ciel entier, trouant les étoiles. Emmanuel Merle, « Le jour enfant », Démembrements, éditions Voix d’Encre, 2018, page 66. Peintures Philippe Agostini. ![]() |
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