![]() Kaspar Hauser, dessin de Johann Georg Laminit (1775–1848)
ai tout vu là, pour la première fois. Que de feuilles il y avait, soudain et tous ces vents qui bruissèrent alors dans mes silences moi qui n’ai vu que murs et porte sans savoir que les uns retiennent et l’autre ouvre sans l’éprouver L’humidité m’a reconnu facilement, l’agonie du réveil, l’impossible souvenir du gouffre premier,
le premier cri du matin, l’absence de caresses, vagues de manque, tête brumisée d’absences d’où aurais appris que la souffrance se jette vers, que la douleur a une direction Aucun animal de ma taille ne passe l’horizon et n’en déduis rien, jamais. Et la caresse de mes rubans qui hachurait la journée ? traits de biais, ont strié la poussière de la cache Encore mouillé de murmures, sans qu’il n’ait fallu se lever, Alors que les questions n’étaient que des trous blancs Qu’ils n’ont cessé de remplir Mon silence avait recouvert tous les bruissements de feuilles, tous les pas, aucune étreinte les pierres, même elles, se sont retournées à moi, et n’auront plus jamais la force d’accueillir un enfant, c’est intenable, pensaient-elles. Et ignore forcément tout du mausolée de vers qu’on m’a dressé toujours à nouveau, et L’on s’agenouillera éloquent et mélancolique devant les taches dans mes phrases à venir, Muré=sans expérience= cœur pur= verbe premier= poésie ! ai construit avec mes tuteurs mes premiers souvenirs, ai fait
album, fabriqué à mon corps défendant une chrchronologie Sans fracas s’envole la maison des silences Tout me laisse à présent, Loin des pierres qui me regardent Et vacille à la vie Et tous ces yeux en la ville qui m’attend Et l’écume de ses pourquoi Laure Gauthier, « MARCHE I » in kaspar de pierre, éditions de La Lettre volée, Collection Poiesis, 2017, pp. 16-17-18-19. ___________________________________________________ NOTE : kaspar de pierre est le 52e volume de la collection Poiesis éditée en partenariat avec la revue La rivière échappée (fondée en 1989 par François Rannou) et soutenue par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cet ouvrage sera disponible en librairie le 22 novembre 2017. NOTE DE L’AUTEURE : « L’histoire de l’enfant trouvé Kaspar Hauser est devenue un mythe moderne et appelle des réécritures. Dans kaspar de pierre, kaspar parle de lui-même en “jl” dans une tonalité inventée entre le moi et le soi ; il parle à tous les temps ; il n’arrive pas à Nuremberg, mais on le trouve en marche vers cette ville, imaginant l’arrivée dans différentes maisons de tuteurs (maison 1, maison 2, maison 3), on l’entend avant chaque nouvelle déchirure (abandon 1, abandon 2), et on lit des diagnostics que la société pourrait faire de lui (diagnostic 1, diagnostic 2) – kaspar bipolaire ? L’enfant trouvé jette un regard rétrospectif vers sa grotte première tout en anticipant son idéalisation poétique ; il refuse d’être le “séquestré au cœur pur” (Françoise Dolto) ou encore le “pauvre Gaspard” (Verlaine) : il est un enfant maltraité, un enfant-placard au langage sauvage et impuissant qui échappe aux catégories et à la curiosité comme aux abandons successifs. Il est à la fois un cas de maltraitance que l’on ne peut mettre en vers et comme un des premiers cas de faits divers ayant attiré la curiosité de l’Europe bourgeoise. »
|
| LAURE GAUTHIER ![]() Source ■ Laure Gauthier sur Terres de femmes ▼ → Je neige (entre les mots de villon) [lecture d’AP] → J’écris toujours dans la neige [extrait de je neige (entre les mots de villon)] → Kaspar de pierre (lecture d’AP) → kaspar de pierre (lecture d’Isabelle Lévesque) → [Réinvestir la forêt] (extrait de La Cité dolente) ■ Voir aussi ▼ → (sur le site de Laure Gauthier) une fiche bio-bibliographique → (sur le site Les Découvreurs) une lecture de Kaspar de pierre par Georges Guillain → (sur linked in) une fiche bio-bibliographique → (sur le site de Laure Gauthier) une fiche sur kaspar de pierre → (sur remue.net) Laure Gauthier | Kaspar de pierre | 1 (autre extrait de kaspar de pierre) → le site des éditions de La Lettre volée |
Retour au répertoire du numéro d’octobre 2017
Retour à l’ index des auteurs

Laisser un commentaire