TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Lionel-Édouard Martin | Le flamboyant

Publié le :

12 juin 2012

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Crépitement de maracas ... dans l'alizé d'hivernage ...
Ph., G.AdC






LE FLAMBOYANT



Ta gousse ajoute au ciel, flamboyant, sa lune, au bout de ta maturité, boomerang, décrocheur, en haut des sèves, des vieux morts clignotant dans la nuit.


Crépitement de maracas : la brise attise une samba de morts, ô que j’entends, ma chasse galopine, les morts remontent, et c’est à la cime un bruit de crécelle,


Un parler de riz mâché, que l’air hésite à avaler ― celui qui meurt de faim garde aussi le manger longuement dans sa bouche, tâchant de tromper son ventre ―,


Ta gousse, flamboyant, samba de morts, dans l’alizé d’hivernage, et c’est cela qui laisse aux morts une parole qui dodine ― pompant la sève, mes morts, derrick de branches et de feuilles.


Et je vous reconnais, mes morts, la vieille langue en bouche, de Saintonge et Poitou, riz de rire, mes morts, qui libres de rivière et d’océan venez jusqu’ici me parler,


Parole de mes vieux, mes morts, dans la gousse agitée du flamboyant, venus jusqu’à la cime de cet arbre où des oiseaux parleurs contrefont votre parlure,


(Gallery torne, torne,
Emporté par sen sort,
Aquenit, triste et morne,
Gle demonde la mort)


Je leur entends parler la vieille langue, mon poitevin d’enfance et tous mes morts avec, menant la sarabande, et tout ce qui sur l’île


Bruit d’un rythme sec, escorte cette quête du vieux dire habité de brande, et vous mes morts, parleurs de dialectes sonores, et la clochette au cou des chèvres :


Leur pis balance entre les haies d’épines, des crins retenus aux buissons la mésange au redoux trame un chant d’existence.




Lionel-Édouard Martin, Avènement des ponts, Tarabuste Éditeur, Collection Doute B.A.T., 2012, pp. 30-31.



NOTE d’AP : le texte “Le Flamboyant” a déjà paru dans le n° 2 de la revue DiptYque (été 2011).





LIONEL-ÉDOUARD MARTIN


Lionel-Édouard Martin
Source



■ Lionel-Édouard Martin
sur Terres de femmes

Froufrou des voiles (texte extrait de Litanie des bulles)
Martinique (extraits)
Ulysse au seuil des îles (extraits)
La Vieille au buisson de roses (note de lecture d’AP)



■ Voir aussi ▼

→ (sur De Litteris)
une note de lecture sur Avènement des ponts
→ (sur enjambées fauves)
un autre extrait d’Avènement des ponts
→ (sur le site de Marc Villemain)
un entretien de Lionel-Édouard Martin avec Marc Villemain (paru dans Le Magazine des Livres n° 34, février/avril 2012)
→ (sur Exigence : Littérature)
une bibliographie de Lionel-Édouard Martin
le blog de Lionel-Édouard Martin





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Une réponse à “Lionel-Édouard Martin | Le flamboyant”

  1. christiane

    Là-bas, la mort est dans la vie, reçue. Juste une question de temps. Joie et murmures de l’un à l’autre monde. Partout ces talons qui frappent sur la terre. On les y a un peu posés mais, espiègles, ils bondissent dans les plantes, les bêtes, les choses d’ici et tout ça finit en belle entente et conciliabules.
    Mais où c’est, là-bas ? comme deux terres arrimées à une enfance… à une errance.

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