![]() « et comment l’horizon pourrait-il se courber plus » Ph. D.R. [J’ENTRAIS ENFIN DANS L’ORDALIE DES CIGALES] j’entrais enfin dans l’ordalie des cigales par l’action de leurs arbres l’île poussait son avantage d’expansion jusqu’à la ville je me trouvais dans l’épaisseur d’un peuple aux diphtongues ouvertes et aux mains heureuses sur ces plages des hanches précaires encore s’aménageaient entre toi et moi mes mains cherchaient pourtant dans les interstices du rocher les griffures de la mort qui demeurent comme arapèdes sur la fracture des cartilages chaque marche ici gravie est montée vers une Jérusalem totalement dénudée et sous les pas poudreux ces aiguilles de pins qui bientôt seront serties en couronnes non loin de là des blocs de rochers se détachent en deux mots et s’en vont arasant le sens et les lèvres je suis maintenant me trouve désormais avec ces pins pliés qui bavent au ras des flots sur une mer toujours plus vivace et comment l’horizon pourrait-il se courber plus cette mer aux embruns d’eucalyptus noue enfin ses racines dans les échancrures claires des collines et dans le roulis de tes mèches marines je me noie pour me refaire sans haine soudainement les vagues se mettent à danser comme chiens et chèvres d’un pays en paix le déhanchement des flots s’accomplit jusqu’en haut des robes vaporeuses là où le soleil tombe dans la réconciliation acquise des oliviers mon suicide m’a nié nettoyée sont les algues vertes des tripes et je suis simplement heureux de te voir solaire femme traversière effritant les diagonales de la mer Yves Ughes, Capharnaüm. Douze stations de Judas, L’Amourier éditions, Collection Fonds poésie dirigée par Alain Freixe, 2010, pp. 69-70. |
| YVES UGHES
→ (dans la revue Basilic n° 36 de septembre 2010) un entretien avec Michaël Glück et Yves Ughes : « Autour de Judas » → (sur Terres de femmes) Michaël Glück, L’Enceinte |
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