Ph. angèlepaoli LES PIERRES SAUVAGES (extrait) I Près des pierres sauvages le temps, visage entre les mains, Fermait les yeux Puis son mendiant au souffle riche II Au pied de la façade romane Les corps impatients brûlaient Pierres indomptées, fauves d’onyx et de jaspe Debout contre la muraille à vif Corps lourds, immobiles, à vif Lenteur d’un caracal de Barbarie Ventre qui tremble contre ventre qui tremble Fossiles enchâssés sous le grain du mur Te souviens-tu De cet instant où les yeux disent aux lèvres qu’ils vont inventer et défaire ? III Aux pierres sauvages s’est scarifiée l’écorce de la roche grise, turquoise sanguine, en creux dans le fourneau de la panthère, du jaguar aux écailles rousses. Le long du chemin gît la mue du serpent, abandonnée parmi les ombres du marbre et les cailloux de sang IV Aux pierres sauvages… il y a ta peau douce enrochée sous le vent étésien, seul lieu jamais où je m’établirai, mordrai, implorant que le ciseau au moins fende nos bouches comme une seule V Façade nue, dure, tendre, mouvance du récif, veinure de la vague, écorche Écorche les griffes rugissantes du vent, cloue L’Harmattan dans la montagne jusqu’à ce qu’elle coule de la langueur des lents rubans de lave le long des pentes du Vesuvio VI Aux pierres sauvages L’écho Le silence, silence VII Dans le haut du ciel s’est creusée une vallée où s’assoiffent deux torrents libres qu’un cri de hyène secoue si d’aventure quelqu’un cherche à les séparer. Il y a les mains de l’Hurricane qui ne se rendront pas, ni à la nuit, ni à son étoile, à personne jamais, ni même au roc qui nous pétrifie dit-on quand vient l’éternité VIII Cramoisi le fronton de l’abbaye, cramé d’humanité entre la cendre et l’or, clocher foudroyé à la proue encapée sur l’écume lapis, fendant les ambres crépusculaires Qu’y a-t-il à Boscodon ? IX Aux pierres sauvages Il y a les corps farouches, toujours à bout de caresses, muscles saillants, luisants des chevaux crinière rubis, les tarpans, les bisons qui se flairent, se tournent autour X Quel est le nom de la terre où les pierres baladent leurs velours félins, se roulent dans l’herbe fraîche, se battent comme les lynx des sables ? XI L’origine coulerait-elle dans une prairie d’émeraude plutôt qu’entre-les-fleuves, vers l’Orient où le soleil et le rien se lèvent au creux des reins du Tigre et de l’Euphrate… ? XII Où est le lit de la rivière, sa gorge, sa bouche, la chair chaude enveloppant l’obsidienne blanche ? Je veux la vague d’albâtre léchant les pieds du monastère des contreforts alpins avant d’accoucher, je veux le ventre rouge de la colline, je veux la source du trouble XIII Après la falaise Il y a le désert Enfin la plaine… la plaine… […]
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| SYLVIE-E. SALICETI ■ Sylvie-E. Saliceti sur Terres de femmes ▼ → Le batelier → [Ces fresques sur les murs] (extrait de Couteau de lumière) → Couteau de lumière (lecture d’AP) → Je compte les écorces de mes mots (lecture de Sabine Huynh) → La danse de Sakuntala → [Dans la mer et le corps](poème extrait de La Voix de l’eau) → (dans l’anthologie Terres de femmes) La grenade → Pépé l’Anguille de Sebastianu Dalzeto (café littéraire à Aix-en-Provence) → Un chemin voilà tout (Chronique de Sylvie E. Saliceti sur Marguerite Porete) |
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