de preuve
Je sais les quarts d’aire
du temps, d’où vient le vent,
où il va. Mais la souche d’où je viens,
ça, je le vois au bon accueil,
ou la grise mine, qu’on me fait
Et mon arrogance
n’en a pas été diminuée
ni augmentée,
par la communication
2
C’est de la matière inachevée
dont je parle, ce matin,
avec la mer
qui s’étend
à mes pieds
Charles Olson, Les Poèmes de Maximus, Libraire éditeur La Nerthe, 2009, pp. 56-57. Traduction d’Auxeméry.
CHARLES OLSON : NOTICE BIO-BIBLIOGRAPHIQUE
Né à Worcester dans le Massachusetts le 27 décembre 1910, Charles John Olson, poète et essayiste américain, est encore peu connu en France. Après ses études supérieures dans les universités de Yale et Harvard, Charles Olson entreprend une carrière dans l’enseignement. Sa fréquentation ― de 1948 à 1956 ― du Black Mountain College (Caroline du Nord), haut lieu d’expérimentation artistique, conduit Olson à en devenir le recteur de 1951 à 1956. Dans le même temps, il se consacre à l’écriture d’avant-garde, fondée sur le recours à une poésie orale tournée vers la cinétique.
Après un premier ouvrage consacré à Herman Melville, Call Me Ishmael (Appelez-moi Ishmael, 1947), Charles Olson devient le porte-parole de toute une génération de poètes avec la parution, en 1950, de son essai intitulé Projective verse (« Le vers projectif »). Un texte théorique bref dans lequel le poète expose les principes dont les plus féconds sont la primauté accordée à la voix – l’écriture devant être motivée de l’intérieur par le mouvement de la parole — et la « Composition by field », « composition par champ » qui prône le regroupement d’unités de sens et la circulation de l’une à l’autre pour composer une poème.
Publié en 1983, l’ensemble intitulé The Maximus Poems s’inscrit dans la tradition épique héritée de Pound et de Williams, de Whitman et de Dos Passos. Intitulée en français Maximus amant du monde, cette somme poétique met en scène un héros fictif, inspiré au poète par Maxime de Tyr, philosophe et rhéteur du second siècle avant J.-C. Pour autant, Maximus, alter ego du poète, n’en est pas moins ancré dans la société américaine de son temps, confronté avec son créateur à une aventure poétique aux ramifications multiples, tous deux en prise avec les concepts théoriques énoncés dans Projective verse.
The Maximus Poems se présente comme une suite continue de poèmes, assemblés à la manière de tesserae, selon le terme latin emprunté par Olson (terme qui renvoie à la fois aux dés à jouer de l’Antiquité et aux tesselles utilisées dans les mosaïques). Maximus en est le sujet parlant, l’homme orchestre par qui passent la narration, les dialogues, les questionnements, les apartés. Autant de variations, de rythmes, d’accents et de tonalités qui font du poème de Maximus un champ d’exploration ouvert sur des formes multiples. Tout un réseau de correspondances de sons et de sens animé par un souffle qui dépasse le personnel pour rejoindre l’universel.
Influencé par la voix de ses aînés ― les Cantos d’Ezra Pound et le Paterson de William Carlos Williams ―, Charles Olson, considéré comme contestataire et iconoclaste, trouve en Robert Creeley ― qui dirigea la Black Mountain Review ― son plus fervent défenseur, ouvre des voies nouvelles de pensée et d’écriture. C’est au poète et ami Robert Creeley que Charles Olson fait allusion dans le poème « Maximus, to himself » : il est l’homme qui lui a donné « le monde ». Charles Olson meurt à New York le 10 janvier 1970.
Angèle Paoli


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