TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Martine Broda | [à tant marcher vers la lumière]

Publié le :

05 mai 2009

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »




Anghjula colza lumière
Ph., G.AdC






[À TANT MARCHER VERS LA LUMIÈRE]



à tant marcher vers la lumière
tu vas vers le dernier verger
où cendre à la cime les roses
plus bleus les arbres noirs
tu vas vers le visage
pensif et qui retourne
sous le silence l’herbe
cueillie de l’autre rive
à trop marcher vers la lumière
on perd soi sens et lumière
au soir




Martine Broda, Tout ange est terrible, Grand Jour, in Éblouissements, Flammarion, Collection Poésie/Flammarion dirigée par Yves di Manno, 2003, page 125.



_____________________________________
Note d’AP : la première édition de Grand Jour de Martine Broda a été publiée en 1994 dans la collection « L’Extrême contemporain » dirigée par Michel Deguy aux éditions Belin.







Eblouissements





■ Martine Broda
sur Terres de femmes

[j’ai mal aux mots] (autre poème extrait de Grand Jour)
L’aura (extrait de L’Amour du nom)
23 avril 2009 | Mort de Martine Broda (+ extrait de Lettre d’amour)



■ Voir aussi ▼

Un anniversaire en tête, Martine Broda, par Anne Guérin-Castell (20 mai 2011)
→ (sur Le Nouveau Recueil)
un dossier Martine Broda mis en ligne en avril-mai 2013
→ (sur le site du Printemps des poètes)
une fiche consacrée à Martine Broda (+ extrait de Lettre d’amour)






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7 réponses à “Martine Broda | [à tant marcher vers la lumière]”

  1. Il y a son pas, derrière ce pas. Son pas de cendres…

  2. cp

    de soleil en soleil. Elle a changé d’île pas de lumière.
    Une femme allait chaque jour dans la forêt et, au soir, racontait : j’ai vu, à la source, une ondine aux yeux verts et à la chevelure d’or. Tous rêvaient par elle, heureux de l’entendre. Un jour, elle revint et dit : je n’ai rien vu. Elle avait vu l’indicible…

  3. Ecorce

    Une respiration du destin, un accomplissement de la main au-delà du pont jeté, l’absence, de nuit palpite, et « l’Histoire est-elle une page blanche ? »..

    Amitiés.

    E.S.

  4. Puisque la fin et le commencement sont de même texture, nous laissant l’espace à vivre et à traverser en équilibre au fond d’une minuscule lanterne chancelante, ici portée à bout de poème. Image d’un BECKETT sur une jetée venteuse, image d’un LE CLEZIO inondé de lointains ensoleillés, image d’une toute petite femme en noir qui sourit dans une rue pentue d’arrière-pays corse … Images, images… incessantes et providentielles… La lumière est ce qui est donné et retiré à tous et à toutes, à tout instant, partout… On le sait. On l’écrit pour mieux voir sans risquer l’aveuglement de l’éblouissement ou l’angoisse des ténèbres. Lumière convoitée et redoutée, or des yeux. Puisqu’on apprend à sortir brusquement d’une pièce obscure pour affronter le dehors, en plissant ou voilant le regard, sans pouvoir revenir en arrière, sans imaginer encore l’autre bord, où revient toujours fidèle, le tout aussi obscur, l’absorption suprême. Se contenter de décrire, comme Lorand GASPAR ci-dessous ?

    … dans ce premier jardin

         des protozoaires sortent de leurs coques
         les insectes de leur cocon et chrysalides
         les graines se gonflent jusqu’à ce
         que se brise le sommeil
    dans une craquelure d’argile

         l’âme timide d’une pousse verte

    salue la lumière

         que les collines se ceignent d’allégresse
         et les fleurs

    quelle témérité

         quelle confiance en soi de la vie
         quel mépris de ce qui n’est
         pas la chair intime du mouvement

    tendre écaille de lumière finie

         baisant la rigueur du sol
    qui ne t’a pas rencontré
         saura-t-il jamais entendre
         la clarté qui vibre parfois
         entre les mots –

    LORAND GASPAR, Terres stériles, Sol absolu,
    [extrait], nrf Gallimard, 2001, p. 117.

  5. Christiane

    pour Mth P
    de Lorand Gaspar, aussi – Patmos

    « des vents se lèvent –

    cet angle droit de nos murs
    divise nos yeux en clair et ombre
    où glisse sans heurt le blanc immaculé
    de l’ange sans honte de nos peurs

    et comme la clarté fouille dans les plis !
    comme elle bondit dans l’obscure mêlée
    de corps de mots de couleurs
    où ces labours ces membres brisés
    trouveront-ils leur visage ?

    des forces inconnues de nos mains
    jouent avec l’encre de la nuit
    encre fendue, encre éclaboussée
    le blanc qui vole dans la soie des murs
    et Wang l’Encre aimait le vin
    ne s’arrêtait de peindre jamais
    les pins et les pierres
    et personne jamais ne sut son nom
    ni d’où il venait- »

    Oui, Martine Broda et Lorand Gaspar ont marché sur cette ligne d’encre qui sépare l’ombre de la lumière. Pour un temps, l’une connaît ce que l’autre ne connaît pas encore…

  6. « Pour jouer [encore] avec l’encre de la nuit « … Imaginer une réponse pour Christiane et un bel encouragement pour le vieux peintre libre . Toujours dans la langue de Roland GASPAR , même ouvrage que précédemment, page 175 :

    Au bout de tant d’années vécues dans la nudité de la terre,
    tu regardais ce lieu étrange d’un arbre.
    Tu avais vu le monde fait de grandes pages claires et inexorables
    ouvertes à la foulée d’un souffle sans attaches.
    En ce jardin d’oliviers tout se nouait.
    Que voulaient dire ces méandres, ces divisions, ces rivets,
    ces ombres dans l’ombre sous des paupières brillantes ?
    Tu leur montras la nudité de tes nerfs, cette faible lame de ta douleur.
    Au plus bruyant de la gloire et du désastre, peux-tu entendre encore
    le chant des hanches douces de Gribine, le bruissement poreux de ta provenance ?

  7. Christiane

    Réponse à Mth P (lu en cette nuit d’insomnie), toujours dans la langue de Lorand Gaspar, toujours le même livre…

    « sifflement d’aile dans un mur de nuit –
    un son qui t’accompagne, une lame d’éclair
    deux heures du matin quelque part dans l’espace
    syllabes de lueurs, bougies qui dérivent
    le chant est un tortueux labyrinthe
    creusé dans les corps solitaires –
    nous conduire-t-il jusqu’à l’aube ?

    va et vient d’icônes, d’encens, de voix
    le pouls furtif des flammes minuscules
    clignotements dans le gouffre immuable

    et nos mots sont pareils à un plongeur
    dans les glauques profondeurs de l’oubli
    algues et sables mêlés à nos voix

    Cris tout au fond des chambres sans mémoire
    où des corps cherchent l’unique fenêtre

    fleuve dans le fleuve, chant dans le chant
    nage secrète dans le corps du nageur –

    Nous sommes les eaux de l’immobile voyage
    les faîtes et les creux du temps
    serrant la barre du cri sur le ventre –

    dans les labours de mer des ombres blanches
    fous, pétrels, frégates, fulmars
    fouillent l’écume des eaux déchirées – »

    Amitiés dérivant sur le blanc de la page…

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