TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Angèle Paoli | Contourner Charybde et éviter Scylla

Publié le :

17 janvier 2008

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Catégorie(s) :

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Le_sourire_dchirant_d_angle
Ph., G.AdC







CONTOURNER CHARYBDE ET ÉVITER SCYLLA


Dans l’effilochage incessant de l’écume de mer, elle tisse et détisse les fils de sa déchirure. Elle sombre parfois dans le lourd sommeil de l’oubli, anxieuse de n’en point ressurgir, et soulagée un moment d’étancher sa souffrance.

À ce petit jeu quotidien de dévidage et d’enroulement, elle se sait plutôt habile. Parfois, au détour d’un revers de trame, elle met bon ordre. Puis la petite douleur malicieuse renaît et se heurte à un nœud inédit de la chaîne. Elle chasse-croise alors le dessin de ses rêves, la dame de haute–lisse. Elle se tient en équilibre sur un fil, attentive aux mots qui la bercent ou la roulent-boulent au rebours du savant métier des émotions. Elle a beau se savoir bonne tisseuse, des jours et des rêves, il lui faut rester en émoi. Veiller aux écueils qui les guettent. Caboter au large des « rivières d’incompréhension » et de la « chute » irréversible « vers l’oubli ». Et, comme Ulysse, son ancêtre et son dieu, contourner Charybde et éviter Scylla.


Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli



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2 réponses à “Angèle Paoli | Contourner Charybde et éviter Scylla”

  1. agnès

    « Elle chasse-croise alors le dessin de ses rêves, la dame de haute–lisse. Elle se tient en équilibre sur un fil, attentive aux mots qui la bercent ou la roulent-boulent au rebours du savant métier des émotions.  »

    Très sensible. Très beau.

  2. Emilie Delivré

    Derrière ton voile, renouvelée

    Mais elle voudra tout, patiente Pénélope
    Charybde et puis Scylla,
    Le grand cheval, le grand naufrage et les repos du vent
    L’unique œil du Cyclope
    Deux sirènes de plumes,
    Et trois d’écailles,
    Circé pleurant, Circé tremblant, Circé tout à la fois
    Sage et cruelle,
    Son double et sa rivale.
    Car elle voudra tout, patiente Pénélope,
    Qu’Il s’en aille, qu’Il revienne, et qu’Il meure en détour,
    Mais juste un peu,
    Afin qu’Il conte le voyage,
    A ses mains abimées d’avoir compté les jours.

    En tissant détissant son voile du midi
    Tissu de femme des îles
    Qui dit plus qu’il ne cache,
    Ce sont les nœuds des dieux
    Qu’elle noue et qu’elle arrache
    Comme une trame à elle
    Toujours recommencée –

    En tissant détissant son voile de minuit
    Tissu de femme pâle
    A en perdre le sang
    Ce sont les liens de l’Homme
    Sous le regard des dieux
    Qu’elle noue et qu’elle étale
    Comme un butin précieux

    « Raconte, Ulysse,
    Ce voile que je tisse
    Tapisserie intime du retour insulaire
    Toile de mains fragiles qui affrontent la mer
    Et qui sait
    Le voyage,
    Son début,
    Son terme,
    Et ce pourquoi nous fîmes
    Ce que nous devions faire »

    O, femme,
    Derrière ton voile, renouvelée,
    Qui connaît le Voyage
    Mieux que l’homme au visage
    Chaque fois découvert
    Chaque fois naufragé

    Emilie D.

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