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Le ciel sur les hauteurs a l’éclat d’une rose qu’on cueille. Le vent siffle, murmure. Une plume d’oiseau tombe de feuille en feuille. Et, sans un mot, dès le matin, je me lève et adresse mes pas Vers un jardin que je connais, que le soleil n’ignore pas ! L’herbe est moins noire. C’est le jour. C’est l’ultime gelée. J’offre ma bouche vide à la nuit qui fut vaine et salée ! Le vent m’incite à tout sentir comme un triomphe ou comme un don, À me confondre avec le jour, puisque le jour est bon, Puisque j’ai découvert, posté sur le seuil d’une grange, Un grand arbre, qui me domine, qui sous sa puissance me range ! La mer au loin s’emporte et les rocs baveront son courroux. L’âcre brume des prés voile très doucement le ciel teinté de roux. L’air se réchauffe quand je souffle ! Et le vent perpétue, Il fait sonner, sur les chemins, une parole que j’ai tue. La marée envahit les champs par lesquels j’allais et venais, Entremêle des bouts de corde ou des lambeaux de harnais, Courbe avec majesté l’herbe qui brillera dans l’aube printanière ! Et tandis que le jour apparaît au milieu d’une ornière, L’on peut entendre, qui recommence et roule à l’occident, Le sombre orage que j’augurais en contemplant le ciel ardent ! Pierre Oster, La Grande Année, Gallimard, Collection Blanche, 1964, in Anthologie du XXe siècle, Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, 2004, pp. 418-419. |
PIERRE OSTER (1933-2020)
→ Un nom toujours nouveau, Treizième poème |
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