TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Nohad Salameh | L’intervalle

Publié le :

16 septembre 2007

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Salameh
Ph., G.AdC





L’INTERVALLE


[…]

Venus de plus loin que l’enfance
À bout de départs et de retours
De chutes et d’assauts
Nous basculons dans la blancheur unanime
Ni sanglot
Ni amertume
Pas même un bruissement
Mais l’intervalle.

Nous nous réveillerons peut-être
En une danse de sable
À l’écart de nous-mêmes
Avec un visage anonyme
L’éternité au fond de la gorge.

Nous revenons de tant de comas
De la conjonction des voix et des silences
Du lointain et du proche
De ce lieu où quelqu’un marche
Si léger, si invisible
Qu’il traverse nos murs de part en part
Sans égratignure
Ou lézarde.

Nous revenons du temps inhabité
À l’écoute du fruit
Au cœur d’une saison sans tumulte
Nous céderons aux rescapés
La respiration pathétique des montagnes.

D.R. Nohad Salameh


Nohad Salameh, « L’intervalle » (extrait), in Siècle 21 n° 11, Écrivains libanais d’aujourd’hui, automne-hiver 2007, pp. 46-47.





________________________________________
Nohad Salameh est née à Baalbek (Liban) en 1947. Après une carrière journalistique dans la presse francophone de Beyrouth, elle s’est installée en 1989 à Paris. Fille du poète en langue arabe Youssef Fadl Allah Salameh et épouse de l’écrivain et poète Marc Alyn, elle a publié une quinzaine d’ouvrages, parmi lesquels Les Enfants d’avril (Le Temps Parallèle, 1980), Folie couleur de mer (Le Temps Parallèle, 1983), L’Autre Écriture (Dominique Bedou, 1987 ; prix Louise-Labé 1988), Chants de l’avant-songe (L’Harmattan, 1993), Les Lieux visiteurs (Cinq continents, L’Harmattan, 1997), La Promise (Cinq Continents, L’Harmattan, 2000), La Revenante (Voix d’Encre, 2007), Baalbek : les demeures sacrificielles (Éditions du Cygne, 2007), Passagère de la durée (Éditions PHI/Editpress, 2010) et D’autres annonciations, poèmes 1980-2012 (Le Castor astral, 2012), Le Livre de Lilith (Atelier du grand Tétras, 2016), Marcheuses au bord du gouffre (éditions de La Lettre volée, 2017). Membre du jury du Prix Louise-Labé, Nohad Salameh a reçu en 2007 le Grand Prix de Poésie Louis-Montalte, décerné par la Société des Gens de Lettres (SGDL), pour l’ensemble de son œuvre.





NOHAD SALAMEH


■ Nohad Salameh
sur Terres de femmes

L’écoute intérieure
L’envol immobile
Marcheuses au bord du gouffre (lecture d’AP)
Les nudités premières
Plus neuve que la mort (poème extrait du Livre de Lilith)






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2 réponses à “Nohad Salameh | L’intervalle”

  1. Emilie Delivre

    Merzouga

    Le désert a arraché

    la semelle de mes pieds

    Nous en avons perdu jusqu’à nos traces

    Seul

    l’arbousier

    a retenu l’instant de ton baiser

    sur sa branche la plus haute

    au pied des grandes dunes

    d’où les têtes dépassent

    comme décapitées

    Combien de têtes coupées,

    pour ce bel amour ?

    Combien de joues

    brûlantes de sueur

    et de pieds écorchés ?

    Et la distance des traces balayées,

    qui la retrouvera

    sur la branche plus haute

    de l’arbousier penché

    au pied des grandes dunes

    d’où les têtes dépassent

    comme décapitées ?

    Et pour ce bel amour,

    combien de corps enfouis ?

    Et à ce bel amour

    combien de jours,

    combien de nuits ?

    Un salut chaleureux, et un peu humide, de la Toscane,
    Emilie

  2. kerdraon

    QADISHA

    Mes pas avalent le sable et dérobent les chemins. Ils, savamment égrenés, se glissent dans le passage coulant sur les grands pans des anciens rêves. Sur mes talons la profonde Vallée Sainte fuit l’entonnoir de la rancune humaine; du bâillon des armes pend encore la morsure du dernier souffle dans la poussière.
    J’arpente, dans le matin tiédi, mes mains au soleil jusqu’au détour d’une fausse nuit élégante: sous le grand rocher pendu comme un lambeau de chair blanche sous la chênaie et l’olivier.
    En cavale jusqu’au cirque obturé d’un large et frais bouchon de cèdres, j’agrippe le profil lourd de la Terre des Saints.
    Alors, mes pensées empruntent le bleu insidieux, la courbe des prières où bute l’espoir aux portes de l’abîme.

    Oh souvenirs si présents!

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