TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Tomas Tranströmer | Från berget | De la montagne

Publié le :

17 avril 2007

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



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Ph., G.AdC







FRÅN BERGET



Jag står på berget och ser över fjärden.
Båtarna vilar på sommarens yta.
« Vi är sömngångare. Månar på drift. »
Så säger de vita seglen.

« Vi smyger genom ett sovande hus.
Vi skjuter sakta upp dörrarna.
Vi lutar oss mot friheten. »
Så säger de vita seglen.

En gång såg jag världens viljor segla.
De höll samma kurs – en enda flotta.
« Vi är skingrade nu. Ingens följe. »
Så säger de vita seglen.




Tomas Tranströmer, Den halvfärdiga himlen, Bonnier, Stockholm, 1962.






DE LA MONTAGNE



Je suis sur la montagne et contemple la baie.
Les bateaux reposent à la surface de l’été.
« Nous sommes des somnambules. Des lunes à la dérive. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

« Nous errons dans une maison assoupie.
Nous poussons doucement les portes.
Nous nous appuyons à la liberté. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

J’ai vu un jour les volontés du monde s’en aller.
Elles suivaient le même cours ― une seule flotte.
« Nous sommes dispersées maintenant. Compagnes de personne. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.




Tomas Tranströmer, Ciel à moitié achevé, in Baltiques, Œuvres complètes 1954-2004, Gallimard, Collection Poésie, 2004, page 96. Traduit du suédois et préfacé par Jacques Outin. Postface de Renaud Ego. © Le Castor Astral, 1996 et 2004, pour la traduction française.





TOMAS TRANSTRÖMER


Tranströmer
Source



■ Tomas Tranströmer
sur Terres de femmes

Schubertiana, I



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site Œuvres ouvertes de Laurent Margantin )
Tomas Tranströmer, langage au-delà du langage
→ (sur le site du Matricule des Anges)
une recension de Marc Blanchet sur la publication en français des Œuvres complètes de Tomas Tranströmer
→ (sur le site du Monde)
un article de Nils C. Ahl sur Tomas Tranströmer (article paru le soir de l’annonce du Prix Nobel de Littérature 2011)
→ (sur Liminaire)
une page consacrée à Tomas Tranströmer





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8 réponses à “Tomas Tranströmer | Från berget | De la montagne”

  1. même si l’on aspire ardemment la mer/les vents/les tempêtes
    ces « bateaux »/vies « reposent »/renoncent…
    et ces tristes voiles blanches – pas gonflées de vent/liberté –
    deviennent « compagnes de personne »…

    merci Angèle de nous faire découvrir des artistes peu connus et
    …de nous les faire apprécier.
    bisous.
    Franca

  2. Grazie a te Franca, j’aime explorer des territoires inédits, lointains et souvent même inaccessibles qui me poussent à déplacer mes frontières, à me décaler un peu au coeur de mes tropismes. Qui restent toujours mes tropismes mais je peux les considérer sous un autre angle d’approche.
    Baci, amica.

  3. Jean-François Nominé

    Bonjour,

    Bon choix que de citer Tomas Tranströmer que j’ai découvert par hasard dans les rayons de la librairie de mon quartier. Je me tourne régulièrement vers ses textes paisibles, méditatifs et faisant parfois un pas de côté pour esquisser une excursion surréaliste.

    Jean-François de Nancy en Lorraine.

  4. Robert, de Montréal

    Merci, je cherchais, au hasard, des textes de Tomas Tranströmer, dont me parle aujourd’hui Christian Bobin dans Autoportrait au radiateur. « De la montagne » et l’image de cette pièce sont bien dans l’esprit de Bobin. « J’ai vu un jour les volontés du monde s’en aller. » Comme c’est juste : nous en sommes là…

  5. envie de s’envoler quelque part.

  6. Dany Moreuil

    Bonjour Angèle,

    Une recherche sur les textes de Tomas Tranströmer m’a fait retrouver ton site, et donc un peu toi-même. Je te salue donc, je salue ton travail pour Terres de femmes, et j’espère que tout va bien pour toi depuis notre dernière rencontre à Paris pour Poésie en Compagnie.

    Très amicalement,
    dany moreuil

  7. Serge

    Chere Angele, je suis de Russie, la langue francaise m’interesse beaucoup — et je cherche maintenant la traduction d’un poeme de Transtromer en francais. « Les arques romaines » – je crois, ce poeme s’appelle comme ca. En russe il sonne d’une maniere fantastique. Vous ne pourriez pas m’aider à le trouver? Excusez s.v.p. mes fautes. Serge

  8. Bonjour Serge,
    Le poème que vous recherchez s’intitule en français « Voutes romanes ». Le voici, ci-dessous.
    Bien amicalement,
    Angèle

    VOÛTES ROMANES

    Au milieu de l’immense église romane, les touristes se
        pressaient dans la pénombre.
    Une voûte s’ouvrait sur une voûte, et aucune vue
        d’ensemble.
    La flamme de quelques cierges tremblotait çà et là.
    Un ange sans visage m’enlaça
    et me murmura par tout le corps :
    « N’aie pas honte d’être homme, sois-en fier !
    Car en toi, une voûte s’ouvre sous une voûte, jusqu’à
        l’infini.
    Jamais tu ne seras parfait, et c’est très bien ainsi. »
    Aveuglé par mes larmes,
    je fus poussé sur la piazza qui bouillait de lumière
    en même temps que Mr et Mrs Jones, Monsieur Tanaka
         et la Signora Sabatini
    et en eux, une voûte s’ouvrait sur une voûte, jusqu’à
        l’infini.

    Tomas Tranströmer, Pour les vivants et les morts, 1989, in Baltiques, Œuvres complètes 1954-2004,
    Poésie / Gallimard, 2004, page 288.

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