 Ph., G.AdC
[ÎLE, POÈME DE LA MER]
l’île du bout du monde – celle qui est sur l’arc de l’horizon –
l’origine de l’homme est une île – l’enfance est une île – les îles,
les îles – dans l’île toute espérance est permise et tout amour : c’est
dans le couple-île que s’accomplit le mystère de l’amour – attraction
des îles, attraction des sources – les îles-oasis – chaque fille est
une île, chaque ville est une île, aborder les îles, aborder les
filles – entrer dans les îles, entrer dans les filles – aborder les
villes, entrer dans les villes – entrer dans le miroir trouver l’île
de l’autre côté du miroir – une « île si petite un oiseau sur la mer » – îles les mots – îles les morts dans la nuit qui n’appartient
qu’à eux – Isles désertes de la mer du Sud […]
les îles, les îles, les îles, […]
les îles, tant de voyages –
Il est exclu que j’écrive si je ne sais pas d’abord que je suis océan
et oiseau – le voyage d’île en île est toujours intérieur – purifiant –
l’île chose naturelle et spirituelle – la Terre – mais aussi le nom « île » à la merveilleuse seule syllabe, et ce point affleurant,
disparaissant, affleurant, dans cette cime, dans ce mât, l’accent
circonflexe – mot naviguant – mot avec un innombrable mouvement
circulaire autour de lui – mot ricochet qui fait tant d’ondes sur
l’eau – île – un point de force – voici le mot – hélice immobile et
mobile dans le vocabulaire, il navigue ancré – il file à l’horizontale
et à la verticale – mot maritime – île – on n’a jamais en un seul
nom écrit plus beau poème de la mer.
Pierre Garnier, préambule, in Ilse Garnier, Les Îles ou le Voyage de St. BRENDAN, Poème du I, Poème spatial, Paris, Éditions André Silvaire, Collection Spatialisme, 1980. Préface de Martial Lengellé.

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