TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Jeu d’échange poétique entre Maurice Scève et Pernette du Guillet

Publié le :

23 mai 2006

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Catégorie(s) :

« Poésies d’un jour »



Jeu d’échange poétique
entre Maurice Scève



Lune_mourant
Ph., G.AdC



CXXXVI

« L’heur de notre heur enflambant le désir
Unit double âme en un même pouvoir :
L’une mourant vit du doux déplaisir
Que l’autre vive a fait mort recevoir.
Dieu aveuglé, tu nous as fait avoir,
Sans autrement ensemble consentir,
Et posséder, sans nous en repentir,
Le bien du mal en effet désirable ;
Fais que puissions aussi longtemps sentir
Si doux mourir en vie respirable. »


Maurice Scève, Délie, CXXXVI, Gallimard, Collection Poésie, page 127.
Édition de Françoise Charpentier.






…et Pernette du Guillet



Lautre_vive
Ph., G.AdC



XIII

« L’heur de mon mal, enflammant le désir,
Fit distiller deux cœurs en un devoir :
Dont l’un est vif pour le doux déplaisir,
Qui fait que Mort tient l’autre en son pouvoir.
Dieu aveuglé, tu nous a fait avoir
Du bien le mal en effet honorable :
Fais donc aussi que nous puissions avoir
En nos esprits contentement durable ! »


Pernette du Guillet, Épigramme XIII,
cité in Maurice Scève, Délie,
Gallimard, Collection Poésie, page 321.
Édition de Françoise Charpentier.
Ou dans Pernette du Guillet, Rymes,
Gallimard, Collection Poésie, pp. 39-40.





Françoise Charpentier écrit qu’on ne peut savoir qui répond à l’autre. Victor E. Graham, lui, dans l’édition Droz des Rymes, dit (page 21) que le poème de Scève est une réponse à l’épigramme de Pernette.

Hommage à tou(te)s les tourmenté(e)s « par un désir sans fin insatiable » et remerciements à Pascal Quignard (La Parole de la Délie, Mercure de France, 1974), pour nous avoir permis de partager les convulsions et douleurs de « Delie object de plus haulte vertu ».




■ Maurice Scève
sur Terres de femmes

Le phénix (trois extraits de Délie)
Tant je l’aimai (extrait de Délie)


■ Voir aussi ▼

Pernette du Guillet | Épigramme LIV (+ notice biographique)



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Une réponse à “Jeu d’échange poétique entre Maurice Scève et Pernette du Guillet”

  1. Je suis heureux de relire Maurice Scève grâce à vous, quelle bonne surprise! La langue du XVIe m’enchante. J’ai égaré mon Délie mais vous me donnez envie d’y retourner. C’est un poète exigeant et qu’on obscurcit parfois à force d’hypothèses savantes (anagramme Délie/L’Idée (platonicienne))… C’est donc une joie pour moi d’avoir oublié ces notes érudites et de trouver un texte nu.
    Pourtant le texte se dédouble, miroir, écho, jeu, échange avec Pernette!
    Réseaux qui se créent, dialogues. Le texte nu : une courte illusion. Qu’en pensez-vous?

    Je reviendrai sans doute vous voir parce que le peu que j’ai vu de votre « revue » me semble de haute tenue et c’est bien agréable et rare.

    Bien sincèrement

    Charles Lycaon

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