TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Baudelaire | Recueillement

Publié le :

20 avril 2006

/

Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Aaaaaaaaaa
Image, G.AdC






RECUEILLEMENT


Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.


Baudelaire, Recueillement, Les Fleurs du Mal [1857], in Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, 1961, pp. 173-174.






Ecouter (sur le site Vive voix)
Recueillement, dit par Pierre Blanchar (1892-1963). Un document d’archive sonore d’une grande puissance.



■ Charles Baudelaire
sur Terres de femmes

La mort des amants
20 août 1857 | Ouverture du procès des Fleurs du Mal de Baudelaire
31 août 1867 | Mort de Charles Baudelaire



■ Voir aussi ▼

→ (sur litteratura.com, un superbe site de Azziz El Khiati)
Charles Baudelaire





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7 réponses à “Baudelaire | Recueillement”

  1. Edith

    Je tiens que Baudelaire aurait choisi de vivre
    ses souffrances et larmes en limon de plaisir
    et d’une nuit qui dure faire fleurir l’ennui
    pour que l’œuvre qui naît soit du bel aujourd’hui

  2. Mystérieuse Edith, merci de ce subtil quatrain qui rend compte de la complexité du « poète de la modernité ». Travaillé durement par le combat, toujours vivant, du Spleen et de l’Idéal.

  3. Edith

    Baudelaire qui pose si bien, Angèle, la complexité de vivre, ballotté entre plaisir et souffrance à la recherche d’une sérénité qui ne rime pas toujours – hélas ! – avec félicité.
    Baudelaire que j’aime à lire et dont impudemment, sans trop de sérieux et surtout beaucoup plus humblement qu’il ne pourrait paraître, j’aime à oser réponse…

    Je tiens que Baudelaire aurait choisi de vivre
    Ses souffrances et larmes en limon de plaisir
    Et d’une nuit qui dure faire fleurir l’ennui
    Pour que l’œuvre qui naît soit du bel aujourd’hui

    Passion homme passionné, à l’endroit à l’envers
    Et toute sa raison embobinée de vers
    Je crois que de son cœur saignaient les émeraudes
    Je sais que de sa voix pleuraient les amours rauques

    Baudelaire je te bois, je m’enivre de toi
    J’acoquine mon cœur dans tes versets en pleurs
    De ta sève je fais or flammerole de mon corps

    Quand ton soleil s’est tu aux oreilles absinthes
    Lors, ta plume perdue aux paupières absentes
    Pousse dans mon jardin comme fleurs de tes mains

  4. Yves

    « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui
    Va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre » ?

  5. Edith

    Me voilà bien marrie
    et fort mal armée
    de vous voir dévoiler
    cet autre part d’Orphée

    « je est un autre » n’est-ce pas ?

    Toutes mes amitiés

  6. Sérénité, Edith ? Luxe, calme et volupté, plutôt, non ?

  7. Merci d’être passée sur ma plage. A bientôt !

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