TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Angèle Paoli | Broderie orientale

Publié le :

26 mars 2006

/

Catégorie(s) :

,



Une lumière lourde de silence
Ph, G.AdC





À Andrée Chedid


BRODERIE ORIENTALE



inaudible attente
temps suspendu
émotions à l’usure

visages obscurs
visages sans tain
façades aveugles sur la vie
rôdent dans les travées
de glace

parfois un regard clair
tente une percée musicale
sur les décors absents

une lumière sourde de silence
enserre les vivants
réunis là
pour partager des mots
liés
dans l’univers flottant
de la nuit

orient et occident se toisent
et tandis qu’à Bagdad
coule le sang des affligés
ici au cœur de l’immense
vaisseau de verre
le fond de l’air
est à la poésie

les broderies architecturales
mirent
leurs reflets de vitrail

une flottaison de nuages
fuit sur le fil coupant du parvis
bleus mauves argentés gris
même bain de couleur
au-dedans au dehors
promesses d’une possible
harmonie

à l’orée le grand vent
balaie le ciel
de bleu lavé

des escadrons de phares
glissent à même le quadrillage
de la verrière à nu
la longue cohorte
des clignotants danse
son ballet de passage
au-dessus de toi
le monde inversé de la ville
se noie dans l’ininterrompu silence

l’harmonie se brise
dans le fracas des mots


Institut du Monde arabe, mars 2006



Angèle Paoli, Écrin noir, A Fior di Carta Éditions, Barrettali (Haute-Corse), 2007, page 12.
D.R. Texte angèlepaoli



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4 réponses à “Angèle Paoli | Broderie orientale”

  1. nobody

    une lumière sourde de silence
    enserre les vivants
    réunis là
    pour partager des mots
    liés
    dans l’univers flottant
    de la nuit

    des escadrons de phares
    glissent à même le quadrillage
    de la verrière à nu
    la longue cohorte
    des clignotants danse
    son ballet de passage
    au-dessus de toi
    le monde inversé de la ville
    se noie dans l’ininterrompu silence

    l’harmonie se brise
    dans le fracas des mots

    Voici les passages de ton beau poème qui m’ont le plus impressionnée, Angèle. Et voici mes mots, pour toi, un bouquet de mots et d’amitié…

    Noces surprenantes
    du verbe et de l’amertume
    noces ou combat
    peu importe
    le mot s’incruste   se burine
    le mot se tord        s’évide.

    Tension !
    Tension extrême nécessaire
    contre l’instable
    l’éphémère
    la stridence des voix faussées.

    Les terrassiers de l’obscur
    errent tels des chiens affamés.
    Fièvre persistante
    aller plus loin plus intensément
    ramener
    le vain                 l’illusoire
    et parmi le fatras
    le silence
    dévoilé.

  2. Flap .. l’oiseau se pose et puis dépose …

    Votre texte m’a rappelé l’un des miens, que voici …

    *

    Pâle estime …

    Il est un pays où l’on ne rêve pas
    Où les pieds nus qui marchent dans le sable
    Sont durcis aux idées des hommes de là-bas
    Et dont les mains pourtant sont proches de l’étable

    Il est un pays où l’on jette des pierres
    A des fusils d’assaut et à des chars de guerre
    Où l’eau est un trésor, un bien des plus précieux
    Arrachée à la terre, au sang ainsi qu’au feu

    Il est un pays où explosent des femmes
    Tuant parents enfants que la douleur enflamme
    Ravivant cette haine en braise destructrice
    Plaie ouverte, sel dans la cicatrice

    Il est un pays, il est des pays qui ne sont
    Ni passé, ni présent, ni futur n’ont
    Esclaves à jamais de cette tyrannie
    Puisée comme une source au nom de l’infamie

    *

    busardement

  3. * Oui, nobody, c’est ça, je reconnais à travers tes mots ce que j’ai éprouvé au plus profond de moi ce soir-là. Noces ou combats, les deux sans doute entremêlés et ma violence à moi. Là, au coeur de la nuit, des lumières et du flot ininterrompu des mots. Souffrance, désarroi.

    * Busard, merci de ce beau poème qui me bouleverse. Ce pays/ces pays dont vous parlez, qui souffrent et saignent, je les aime. Ils sont aussi ceux de mes lointaines origines et je continue de les chercher dans ma mémoire.

  4. Cut Up d’un correspondant de guerre ___

    Les écrits sont des armes
    Les images aussi
    Les balles de mon fusil
    Promesses d’une possible harmonie
    Balaient le ciel
    Dans le fracas des mots
    Le fond de l’air
    A Bagdad
    N’est pas à la poésie

    Merci Angèle Paoli

    Amicizia
    Guidu ___

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