TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Jean-François Agostini | Nager…

Publié le :

13 décembre 2005

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



Nager_nager_vers_la_lueur_que_seule_la_m
Ph., G.AdC






NAGER…


Nager, m’éloigner lentement aux cycles de mes brasses,
Nager, frôler lointain les silences salins,
Rouiller mes souvenirs, émietter leurs tortures.

Nager, caresser la tiédeur des mouvances affectives,
Nager, oubli des lettres au déroulé des membres,
S’épanouir dans les fluides inondés de pâleur.

Nager, déchirer dans les lames les regrets immobiles
Découvrir un courant lui confier ma dérive
Offrir des pleurs au large, qu’il les terre ! Oublier…

Nager, nager vers la lueur que seule la mer éteint…



Jean-François Agostini, Contre-jour, Les Presses Littéraires, 2005, page 33.





Né à Paris en 1955, Jean-François Agostini vit à Fiori, dans le sud de la Corse. Il est membre de la Société des Poètes Français. Amoureux de la langue et de sa musicalité, Jean-François Agostini compose une poésie teintée de nostalgie, qui oscille entre lyrisme et modernité. Le recueil Contre-jour a été récompensé par la ville de Cabriès en 2005.


Recueils publiés :

Contre-jour (Les Presses Littéraires, 2005)
Presqu’il (Les Presses Littéraires, 2006)
Devenir un jour vent (Editinter, 2006. Prix de l’édition du Val de Marne)
La Rive adverse (Souffles, 2007. Grand Prix de Poésie des Écrivains méditerranéens)
Era ora (Les Presses Littéraires, 2008)
Tyrrhéniennes (Éditions Henry/Écrits des Forges, 2009. Prix des Trouvères 2008. Grand Prix de Poésie de la ville du Touquet)
C’est ou (Les Presses Littéraires, 2011)
Généalogie de l’algue (Éditions Jacques Brémond, 2011)
Quelques mots en l’air pour ne pas dire (Colonna Edition, 2011)
Vox viatores quaerit (Les Presses Littéraires, 2012)
La mer la poésie I (Les Presses Littéraires, 2014)
Chemin des petits hôtels (Les Presses Littéraires, 2015)
Autoportrait – Linéaments (Atelier des Grames, 2016)
La mer la poésie II (Les Presses Littéraires, 2017)
La mer la poésie III (Les Presses Littéraires, 2018)
Nuit inverse (Éditions Jacques Brémond, 2018)





■ Jean-François Agostini
sur Terres de femmes

[Décembre]
Face au mur
Haïku
[Un bruit de chaîne court sur la mer]



■ Voir aussi ▼

→ (sur le site
Poésie française) quelques poèmes de Jean-François Agostini
→ (sur le site de la Revue d’art et de littérature, musique, Numéro 45 – décembre 2008)
d’autres poèmes de Jean-François Agostini
→ (sur Levure littéraire n° 1)
plusieurs poèmes de Jean-François Agostini
→ (sur la revue numérique de littérature Secousse, Cinquième Secousse, Éditions Obsidiane, octobre 2011)
En déplaçant l’échelle (quatre poèmes de Jean-François Agostini)



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8 réponses à “Jean-François Agostini | Nager…”

  1. maryann

    merveilleuses sensations… tout est dit, et pourtant on voudrait prolonger, multiplier les métaphores, rester encore un peu ‘ailleurs’, les souvenirs affluent, bonheur fugace de s’imaginer sirène…

    plaisir de parcourir des fragments d’oeuvres, de découvrir des auteurs, d’en retrouver de plus familiers, merci infiniment
    maryann.

  2. Jean-François Agostini

    Merci Maryann,

    Partager la mer et les mots jusqu’à extinction des sens…

  3. pascale

    Petit message en réaction à la réponse de JF Agostini au post de Maryann :

    Je rebondis sur cette fin de phrase :  » … jusqu’à l’extinction des sens » et me pose la question de savoir si cela est possible, voire souhaitable. Notez que je ne dispute pas la réponse en soi mais le choix des mots que je trouve par ailleurs très beaux, mais qui m’intriguent et me font réagir.

    Amitiés.

  4. Yves

    Pascale, cette phrase m’a aussi intrigué. J’ai immédiatement songé aux Quatre nobles vérités de l’enseignement du Bouddha et à l’ataraxie de la doctrine d’Epicure (cf. le De rerum natura de Lucrèce). Mais je ne sais où se situe exactement la « sagesse » de Jean-François Agostini ? Peut-être nous répondra-t-il ? A mon sens, une petite partie de la réponse est dans le texte d’Angèle : « En ce lieu qui l’enfante » (Andrée Chedid).

  5. Agostini Jean-François

    «…praepandare clara lumina menti…» mais il ne s’agit pas de cela, puisque « lueur ». Extinction des sens pour retrouver l’essence. Ce qui précède le néant.
    Seule la Mer enseigne par le rythme de ses tournois de vagues…
    Merci

  6. Guidu

    Jean-François AGOSTINI se présente ainsi :

    « Je suis corse, je n’ai donc aucun mérite à me déclarer poète, chez nous, il suffit de lire les âmes et de recopier les paysages pour l’être. »
    _______________________________

    L’enfer c’est moi /JF Agostini

    La boite à lettres est vide.
    L’ultime souffle bleu de ton amour s’éteint,
    L’automne sur mon être, jaunit ta dernière lettre,
    Comme une feuille morte.
    Je la lis, la respire, la relis, la récite.
    Naufrage des sentiments par désunion tacite.

    L’enfer, c’est toi.

    Le répondeur est muet.
    Ton tout dernier message, juste trois mots solfiés:
    « Tu es là ? » Trois notes pour un requiem.
    Je t’écoute, l’écoute et ne l’efface pas.

    L’enfer c’est toi.

    J’allume l’ordinateur.
    Mon fond d’écran, c’est toi.
    Tu cours sur une plage,
    Lorsque j’étais ton roi.
    Mais cette voix métallique diabolise l’image:
    « Vous n’avez pas de nouveaux messages. »

    L’enfer, c’est toi.

    Je descends l’escalier, pénètre l’avenue,
    J’emprunte nos derniers pas,
    Je cherche les empreintes de ton passé en moi,
    Je ne trouve que le vent de ton présent sans moi
    Et je marche à rebours.

    L’enfer, c’est toi.

    Je te lis, je t’entends,
    Je te devine, te sens,
    Je te respire, t’espère,
    Je te cherche et m’absente,
    Je m’exile, tu déferles.
    Une dernière vague.

    Je m’enferme.

    L’enfer, c’est moi.
    _______________________________

    Je suis aussi corse, comme tout le monde le sait ici, fier parfois de l’être, et, en lisant cela, d’avantage encore !
    Pace e salute a te Ghjuvan-Francescu

    Guidu________

  7. Jean-François Agostini

    Grazia a tè o Guidu,

    Oui sincèrement pour tous ces portraits de femmes que j’ai aimé(e)s et que j’aimerai jusqu’à extinction de…

    Ci-dessous un poème que j’ai écrit pour Marie Ferranti, à la suite d’une longue et amicale conversation sur la littérature.

    À Marie Ferranti

    L’Archée des Agriates

    Avez-vous déjà volé un plaisir aux Dieux un courrier englouti
    Offert aux astéries croisé le regard d’un vol de lions sans crécelles ?
    Ce jour-là j’étais une foule entière au bord d’une grande auteure
    D’emblée elle me parla de Mohrt…Elle ouvrit son sac à la recherche
    De sa penne perdue je lui proposai de partager la mienne
    Présomptueux je m’en voulus Sa main glissa du bleu sur le noir
    Gallimard et je perdis la trace de Francesco de Barbara et du
    Chasseur de Nyx Je ne fis plus que lire la voix des mots laurés
    La Pietà Rondanini m’apparut alors Un frisson m’agrippa
    Je mordis mes lèvres elle s’en aperçut Oui Elle seule en serait capable
    Peut-on cueillir des voyelles aux Agriates sans être Polymnie ?
    ………………………………………………………………………..……
    Ne l’écoutez pas parlez plus fort descellez la pierre pour qu’enfin
    Michel-Ange se réveille…

    Le 20 mai 2004

  8. Pour lire un poème de Jean-François, traduit en corse par Stefanu Cesari, se rendre sur le blog Gattivi Occhja. Un blog sobre et exigeant que je lis en boucle.
    « Un lac, une main sont chapelles à nous recueillir, à respirer
    la certitude, lieux et doigts dénoués noués dans la
    rencontre de quelqu’un ou quelque chose. » (Sylvie Fabre G., Quelque chose, quelqu’un, L’Amourier).

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