TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Nadine Manzagol | Insulaires

Publié le :

09 août 2005

/

Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



O_la_lumire_se_donne_comme_voltige
Ph., G.AdC






INSULAIRES



Hier, nous avons tenu le journal du hasard
Additionné les coups de dés
Désespérant l’exil
D’un tourment si léger.
Ivres,
Ivres de nous démettre,
Silhouettes seulement précisées par le ciel
Dans l’immobilité des fêtes insoumises.
Hier
L’horizon s’était raréfié infiniment
L’horizon s’était raréfié
Jusqu’à cet infime point d’éclatement
Où la lumière se donne comme voltige
Arabesque rasant les plus noires violences.
A la marge des grèves
Un sourire ambigu
Dessine à présent le silence.
Vois-tu, ce n’est pas une histoire simple
Et qui eût jamais lieu
Le lieu même nous rêva en désir
Nous fûmes en sa réversibilité noués en torsade schisteuse
Le roc lavé de feu dans le buisson carbonisé.
Vigiles d’un peuple sans frontières,
Enfants de la perte infinie
Nous divulguons l’amour bien plus haut que l’aveu.




Nadine Manzagol, Cryptogrammes, Editions du Manuscrit, 2005, page 37.




Cap-Corsine, Nadine Manzagol vit aujourd’hui à Bastia. Assistante de réalisation de films tournés en Corse et à Pékin, elle a publié en 2005 le recueil poétique Cryptogrammes.





■ Nadine Manzagol
sur Terres de femmes

Utopie



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8 réponses à “Nadine Manzagol | Insulaires”

  1. Jean François AGOSTINI

    Elle passe. Sa démarche hale
    le regard que je croyais pendu
    au chanvre que le ciel file en son
    lointain crépusculaire. Je m’évade.

    Suivre ses pas gravés sur le sable
    – pareils au sel aggravant la peau
    d’un passager des larmes –, attentif
    à la houle de ses hautes hanches,
    pour dire à la nue : découvre-moi.

  2. Cher Jean François,

    Les interactions de l’inconscient collectif en ses représentations retiennent mon attention. Jusqu’à les chercher dans l’élémentaire ou une figuration en trompe l’œil de nos paysages mentaux insulaires.

    Je ne cherche pas l’incarnation mais au contraire l’évidement de toute subjectivité personnelle pour en déconstruire le phallicisme du logos ou de la vision.

    Je ne sais si j’y parviens… Parfois, dans certaines évocations du « corps primitif de l’île », cela pourrait prêter à confusion, et vaciller dans le miroir…
    Rien pourtant que d’impersonnel !

    Voyez donc, par exemple, le petit jardin de l’ancienne mairie de Bastia que contemplent chaque jour les administratifs depuis leurs bureaux. N’y a t-il pas de quoi sourire en « désorbitant » nos regards ?

    http://www.corsicamessageri.org/video/passe-murailles.mov

    Amicalement

    Nadine Manzagol

  3. Et le plaisir dans tout ça ?… =>Passacaglia della vita

  4. Si Dolce il Tormento” (Madrigal de Claudio Monteverdi, in Il Combattimento di Tancredi e Clorinda, interprété par Marco Beasley)

    I
    « Si dolce è’l tormento
    Ch’in seno mi sta,
    Ch’io vivo contento
    Per cruda beltà.
    Nel ciel di bellezza
    S’accreschi fierezza
    Et manchi pietà:
    Che sempre qual scoglio
    All’onda d’orgoglio
    Mia fede sarà.

    II
    La speme fallace
    Rivolgam’ il piè.
    Diletto ne pace
    Non scendano a me.
    E l’empia ch’adoro
    Mi nieghi ristoro
    Di buona mercè:
    Tra doglia infinita,
    Tra speme tradita
    Vivrà la mia fè.

    III
    Per foco e per gelo
    riposo non ho
    Nel porto del Cielo
    riposo haverò.
    Se colpo mortale
    con rigido strale
    il cor m’impiagò
    Cangiando mia sorte
    col dardo di morte
    il cor sanerò.

    IV
    Se fiamma d’amore
    Già mai non sentì
    Quel riggido core
    Ch’il cor mi rapì,
    Se nega pietate
    La cruda beltate
    Che l’alma invaghì:
    Ben fia che dolente,
    Pentita e languente
    Sospirimi un dì. »

  5. Nadine

    Cher Yves,

    Tu ne l’ignores pas, sans doute, le plaisir est dans le désir justement, jamais seulement phallique, où à combler… »pas toute » disait Lacan.

    Chère Angèle,

    Génial ! Sais-tu que c’est justement ce que je cherchais comme illustration musicale d’une « Moresca » au féminin pour un projet de scénario sur les guerres de course du Cap Corse, mais jusque là je n’avais trouvé que « Il combattimento di Tancredi e Clorinda » extrait du poème du Tasse mis en musique par Monterverdi. Or c’est justement une version moins guerrière que je voulais. Merci donc à la cap-corsaire de Terres de Femmes ! J’aimerais en parler, un jour prochain, avec toi, avec vous. C’est un énorme chantier ce projet !

    Amitié

  6. Anghjula est partie « on the road » et ne va pas tarder à revenir (la nuit tombe).

    Pour le reste, je crois que nous nous sommes compris. C’est du combattimento Eros/Thanatos que je te parlais. Cette passacaille étant une chanson de rue du XVIIe siècle que chantaient en période de carnaval des jeunes en farandole qui faisaient en riant et grimaçant un pied de nez à la mort. J’aime cet affrontement dans le rire…

  7. Jean françois Agostini

    Chère Nadine,

    Vous y parvenez fort bien. Mais la déconstruction n’est qu’une étape, il faut redonner une chance au chaos…

    A word is dead, when it is said
    Some say –
    I say it juste begins to live
    That day

    Emily Dickinson

    Quelque chose se prépare (on voit
    une main s’allier à des sons,
    les couleurs teindre le primordial
    dessin de l’ombre). L’enfoui gronde,
    cherche l’issue du sarcophage, … ,
    une à une il devra desceller
    les serrures oxydées de l’attente
    pour qu’advienne au monde présumé
    l’arborescent éclat du premier mot.

  8. Nadine Manzagol

    Les éditions « A Fior di Carta » viennent de publier Repérages, un scénario que j’avais écrit voici plus d’une dizaine d’années, mais qui a été récemment reformulé pour proposer d’ouvrir, avec d’autres, un espace de création collective aux amateurs et professionnels de la vidéo numérique. Pour participer aussi à des espaces de réflexion et d’inspiration contribuant à la production de vidéos relatives à la culture corse.
    Une culture insulaire bien insérée dans son environnement méditerranéen, à la recherche des sources qui s’y croisent.
    Afin d’y susciter et accompagner des créations artistiques novatrices qui resteraient néanmoins attentives aux traditions qui nous sont spécifiques.
    Afin de mieux les transmettre et les renouveler.

    Le livret Repérages sera présent, aux côtés des Editions « A Fior di Carta », à la rencontre du « Printemps des poètes » organisée par Terres de femmes autour de Hélène Sanguinetti, rencontre qui aura lieu le 14 mars à partir de 18 heures, espace Art contemporain du domaine Orenga di Gaffory à Patrimonio.

    Vous pouvez visionner sur tvcorse une première vidéo (réalisée en 2001), « Torre di Capicorsu » et prendre connaissance des propositions figurant en postface du livret Repérages.

    Amicizia

    Nadine

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