TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Michel Butor | À fleur de peau

Publié le :

14 juin 2005

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Catégorie(s) :

« Poésie d’un jour »



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Ph., G.AdC






À FLEUR DE PEAU 5



La sueur des ailes tourne
Délicate vertigineuse intime
Tourbillonne entre le jade séducteur
Et la sombre goutte brûlante
Mûrit parmi les pédoncules sensibles
Improvise en émois de cristaux de sang

Les pétales

Les bijoux grandissent et s’agitent mouillés
Des rameaux de café aux coques de la vigne
Des clignements lointains aux chemins des nervures
Les rubans se faufilent parmi les vagues des écailles

Le calice
La rosée des ailes
Je t’aime

Le sexe oscille entre le fauve et le roux
Les baisers des truites glissent dans leurs dentelles
Entre les pépiements des rives et les galets ocellés
Tandis que les cheveux se nouent dans les bijoux

La corolle
Viens avec moi
Vitrail d’aube
Le parfum brille entre les roses
Respire

Tout autour de nous
Tout proche
Le bonheur des sommeils

Respire encore

L’émail tourne entre le rose et le jaune
De sursaut vert aux volets doucement
Lentement la mésange explore les remblais
Lissant ses plumes dans les flaques de sueur


Michel Butor, Collation, éd. L’instant perpétuel, 1991, page 110.



____________________________________
Note d’AP : cette édition de Collation est éclairée par 15 chandeliers dus à l’encre de Michel Sicard. Ne pas confondre ce recueil avec celui qui a pour titre Collations (précédé de Hors d’œuvre, scandés par les Souvenirs illusoires d’un Japon très ancien), publié chez Seghers, collection Poésie (2003).





MICHEL BUTOR


Michelbutor Marc Monticelle
Ph. © Marc Monticelli
Source



■ Michel Butor
sur Terres de femmes

Et omnia vanitas
Ferments d’agitation
Géographie parallèle, XV et XVI
Jeux de dames (extraits)
Mallarmé | Pli selon pli (extrait de Répertoire II de Michel Butor)
Vergers d’enfance
20 mai/Michel Butor, L’Emploi du temps
15 septembre/Michel Butor, L’Emploi du temps


■ Voir aussi ▼

→ le site
Dictionnaire Butor de Henri Desoubeaux
→ (sur remue.net)
Michel Butor, petit guide Internet
→ (sur le Webzine culturel Hors Press)
Butor, l’explorateur… (entretien avec Michel Butor)





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5 réponses à “Michel Butor | À fleur de peau”

  1. LE NOIR ET BLANC selon MICHEL BUTOR ___________

    Selon Michel Butor, extrait :
    « … Le noir et blanc, c’est dans le royaume de la photographie, le domaine de la méditation sur la mort et l’écriture. Dans leur laboratoire les héritiers de Niepce voyagent aux sources mêmes de la lumière. Comme l’alchimiste ancien prétendait reproduire dans son athanor, et même accomplir toute l’histoire de l’univers, le photographe quand il s’enfonce dans la retraite du noir et blanc, s’efforce de remonter en rêve et pensée nocturne jusqu’au big bang originel et au-delà, met à l’épreuve les théories des physiciens et cherche par ses images arrachées à l’enfer de la lampe rouge, cette issue que nous appelons tous depuis que nos cellules ont commencé à percevoir à l’intérieur du ventre rouge… »

    Tout le texte

    Amicizia
    Guidu ___________

  2. Superbe, ce texte de Michel Butor sur la photographie.Très inattendu mais très juste, le rapprochement du photographe avec l’alchimiste.
    Merci Guidu de cette réflexion sur le « Noir et le Blanc » selon Butor.

  3. mmmouais… si on commence à prendre au sérieux toutes les « révélations » des poètes, on a pas fini de se dérider le cortex dans l’athanor !!!

    Pour le reste, le poème de Butor est superbe. J’ignorais d’ailleurs qu’il avait pris ce genre d’initiatives.
    Et comme, zut de zut, on ne va quand même pas acheter tout ce qui nous emballe : eh bien on ira glaner sur google, histoire de voir s’il y a de vraies bonnes miettes à se mettre sous la dent.

    Bises zutalores

    dB

  4. Le noir, le blanc, la couleur… Il y a là tout notre monde.
    Le photographe épris de noir et blanc abstrait la couleur sans la mener véritablement à sa mort, comme les mots noirs sur le blanc du papier suffisent pour recréer toutes les teintes (et même les odeurs!) de Combray, de Paris ou d’ailleurs. C’est que le noir comme le blanc les contiennent toutes, je crois. Sur sa palette, le peintre tire un noir profond du mélange de ses pâtes. Sur la scène, l’éclairagiste croise ses faisceaux de couleurs et le blanc – épiphanie étrange – apparaît.
    Dans les plis du blanc et du noir, comme dans les plis de l’univers des physiciens, on entend battre la vie!

  5. Yves

    En lisant votre très beau commentaire, La Juvéniste (« le peintre tire un noir profond du mélange de ses pâtes »), je ne peux m’empêcher de songer à Soulages, mais surtout à la dernière période de Rothko, qui m’avait tant interrogé et fasciné lors de la rétrospective du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Reste que beaucoup lisent cela (rétrospectivement) comme un thrène et pas nécessairement comme une épiphanie ou une apothéose « en majesté ». C’est que le noir est culturellement connoté. Par ailleurs, il m’a fallu du temps, par exemple, pour comprendre qu’en quadrichromie (photogravure), pour obtenir un noir profond, il faut rajouter soit du cyan, soit du magenta.

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