TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Jeanne Bresciani | La Corse, une lucidité à double tranchant | Lecture d’Angèle Paoli

Publié le :

24 avril 2005

/



Soriani
Ph, G.AdC





LA CORSE, UNE LUCIDITÉ À DOUBLE TRANCHANT


« Ni le ciel, ni la terre ni la lumière accusant les reliefs et les ombres jusqu’au-dedans de soi, ne sont les mêmes qu’ailleurs. Ma lucidité essentielle dépend beaucoup de cette luminosité insulaire. Que de jugements, d’engagements chimériques ou dangereux ai-je réajustés en moi, après un simple séjour en Corse, comme si elle me ramenait à la réalité de mon être, en effaçant mes délires, sous les risées du vent. Mais elle est aussi le lieu de ma mélancolie, de ma mémoire à vif, des remords lancinants, de tout ce que j’ai perdu…

Lucidité à double tranchant, partagée comme je le suis de ne pouvoir me résoudre à la quitter tout à fait ni à la retrouver définitivement… »


Jeanne et Hélène Bresciani, Deux, rue de la marine, Editions Les Vents contraires, page 215.



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2 réponses à “Jeanne Bresciani | La Corse, une lucidité à double tranchant | Lecture d’Angèle Paoli”

  1. Guidu

    Pour certains, l’insularité est mythique et a l’air d’être une condition enviable. J’ai moi même écrit ici, je ne sais plus vraiment où, que c’était aussi un partage ! Tout le monde n’est pas de mon avis. Voici, pour me contredire, cette très belle chanson de Fabienne Thibeault :

    J’IRAI JAMAIS SUR TON ISLAND
    Paroles: M.Grizolia. Musique: J.P.Bourtayre

    Je sais comment tu l’imagines
    L’île que tu aimerais habiter
    Elle a des vallées bleu marine
    Et des brisants de livre anglais
    Mais moi, elle ne me fait pas rêver

    J’irai jamais sur ton island
    Elle est trop seule, elle est trop grande
    Je me sentirais mal à l’aise
    Dans tes criques, sur tes falaises
    J’irai jamais sur ton island
    C’est pas la peine que tu m’demandes
    Ton île, c’est pas mon hémisphère
    Tu vois l’Éden et moi l’enfer

    Tu sais comment je l’imagine
    L’île que je voudrais habiter
    Pas besoin de carte marine
    De boussole pour y aborder
    C’est ici que j’aime respirer

    J’irai jamais sur ton island
    Elle est trop seule, elle est trop grande
    Ton rêve est différent d’mon rêve
    Si j’y vais, j’mourrai sur la grève
    J’irai jamais sur ton island
    C’est pas la peine que tu m’demandes
    Je respecte ta rêverie
    N’exige pas qu’elle me sourie

    Je ne veux pas d’une autre island
    Que la terre où j’suis devenue grande
    Mon rêve n’est pas d’aller ailleurs
    Mais qu’ici tout devienne meilleur
    Que le monde soit comme une island
    Voilà tout ce que je demande
    Que chacun y trouve sa plage
    Au soleil jusqu’au bout de l’âge, de l’âge

    Amicizia isulana
    Guidu _________

  2. pascale

    A propos d’une île…
    Guidu,
    Moi qui ai longtemps vécu sur une autre île, je partage bien un peu le point de vue de Fabienne Thibeault. Mais trêve de bavardages, je préfère vous laisser goûter cet extrait d’un poème de l’anglais John Donne ; vous y reconnaîtrez aussi vers la fin les mots qui ont inspiré à Ernest Hemingway le titre d’un de ses plus beaux romans, mon préféré :

    « Aucun homme n’est une île, complet en soi-même; chaque être humain est une partie du continent, une partie du tout….[…] la mort de tout homme me diminue, parce que je suis solidaire du genre humain, ainsi donc, n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas ; il sonne pour toi ». »

    « No man is an island, entire of itself; every man is a piece of the continent, a part of the main. […] any man’s death diminishes me, because I am involved in mankind, and therefore never send to know for whom the bells tolls; it tolls for thee.  »

    John Donne (1572-1631), Meditation XVII

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