TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Angèle Paoli | Voyage

Publié le :

31 mars 2005

/

Catégorie(s) :

,

Topique : Voyage et récits de voyage



Voyage
Ph., G.AdC






VOYAGE



D’un rêve à l’autre voyage
voyage dérisoire du non-dire
en négatif dans ta mémoire
encore blanchie de tes regards noyés
arabesques du grimoire de ta vie
tarentules de ton passé
étirant leurs algues grenues
dans les interstices sinueux et glabres
de la peau de tes veines
voyage du non-moi
les cellules du temps s’étirent
phosphènes papillonnant
sous tes paupières closes
fermer les yeux encore
laisser venir à toi le rêve
te blottir dans le silence
la pâleur blême de la nuit
te lover dans ses entrailles
flotter et t’enfouir
t’enrouler te draper
dans sa toile invisible
voyage à l’envers succion
tu te laisses aspirer
par le courant de la vie sombre
tu t’allonges t’étires
dans ce flux qui t’enlève
te brasse et t’enserre
tu t’enveloppes tu te glisses
ta chevelure t’emporte
tu remontes
le courant de la nuit
l’eau étroite s’infiltre sous tes ongles
des ondes de couleur nue te bercent
tes membres s’étirent au bout de toi
tes limites s’estompent
tu te fais magma opaque
tes mains pèsent lourdes épaisses
elles s’engluent
dans ta chair tes doigts s’élargissent
engourdis dans leur membrane
ils se fondent ensemble
se soudent à tes membres
tu deviens masse
ton corps
se plombe
dans une opacité
d’avant
ta naissance




Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli



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6 réponses à “Angèle Paoli | Voyage”

  1. M.P.

    Ton corps s’agrippe au rêve
    comme un nageur fourbu
    en amont du voyage
    en amont du frayage

    Ta question des origines
    hoquète
    enquête
    sans trêve
    ni répit

    La mer ne rend jamais
    les secrets non enfouis

    Elle les fracasse tous
    sur le roc des sentences
    le limon des silences

    Ne pas coller d’oreille
    sur les gros coquillages
    la mer qui y sommeille
    n’a pas de vrai visage

    Corps à corps invisible :
    Toi , ta prédilection
    Ton antre de chair
    toutes larmes conquises.

    © M.P. 31/03/03

  2. Antre de chair ou entre deux chairs ?

    Suzy Solidor entonne de sa voix grave et chaude : [format RealPlayer]

    « Ouvre les yeux, réveille-toi
    Ouvre l’oreille, ouvre ta porte
    C’est l’amour qui sonne et c’est moi
    C’est moi qui te l’apporte

    Ouvre la fenêtre à tes seins
    Ouvre ton corsage de soie
    Ouvre ta robe sur tes reins
    Ouvre, ouvre qu’on voie!

    Ouvre à mon cœur ton cœur trop plein
    J’irai le boire à ta bouche
    Ouvre ta chemise de lin
    Ouvre qu’on touche!

    Ouvre les plis de tes rideaux
    Ouvre ton lit que je t’y traîne
    Il va s’échauffer sous ton dos
    Ouvre, ouvre l’arène

    Ouvre tes bras pour m’enlacer
    Ouvre tes seins que je m’y pose
    Ouvre aux fureurs de mon baiser
    Tes yeux tes seins tes lèvres roses!

    Ouvre tes jambes prends mes flancs
    Dans ces rondeurs blanches et lisses
    Ouvre aussi tes genoux tremblants
    Ouvre, ouvre tes cuisses!

    Ouvre tout ce qu’on peut ouvrir
    Dans les chauds trésors de ton ventre
    J’inonderai sans me tarir
    L’abîme ce bel abîme où j’entre

    Ouvre les yeux, réveille-toi
    Ouvre l’oreille, ouvre ta porte
    C’est l’amour qui sonne et c’est moi
    C’est moi qui te l’apporte

    Ouvre les yeux, réveille-toi
    Ouvre l’oreille, ouvre ta porte
    C’est l’amour qui sonne et c’est moi
    C’est moi c’est moi qui te l’apporte
    Ouvre les yeux, réveille-toi »

    Suzy Solidor, Ouvre, 1933. Paroles d’Edmond Haraucourt. Label Encyclopedia.

    Voir aussi : 31 mars 1983.

  3. M.P.

    Entre Deux Choix si tu préfères ?
    ou
    Manière de voir et d’entrevoir certaines impossibilités qui
    ne sont pas délétères pour autant
    s’agissant des pérégrinations
    dans « le paysage sans sommeil »….

    Elégie
    A Marina Tsvetaeva

    Ces pertes dans le Tout, Marina, ces étoiles qui croulent !
    Où que nous nous jetions, vers quelle étoile, nous
    ne l’accroissons pas : le compte est toujours déjà clos.
    Ainsi, qui tombe ne diminue pas le chiffre saint.
    La chute renonçante choit dans l’origine et , là, guérit.
    Tout ne serait-il donc que jeu, change du Même ou transfert,
    et nulle part un nom, la place à peine d’un intime gain ?
    Nous vagues, Marina, et mer ! Nous profondeurs, et ciel !
    Nous terre, Marina, et printemps mille fois, ces alouettes
    que l’irruption du chant jette dans l’invisibilité !
    Nous l’entonnons en joie, déjà il nous a dépassés,
    et soudain, notre poids rabat en plainte le chant.
    Mais la plainte ? N’est-elle pas joie cadette, inversée ?
    Les dieux d’en bas aussi veulent être loués :
    si naïfs qu’ils attendent, comme l’écolier , l’éloge !
    De la louange, aussi, laisse-nous être prodigues !
    Rien n’est à nous. A peine si nous entourons notre main
    le col des fleurs incueillies . J’ai vu cela au bord du Nil,
    à Kôm-Ombo. Les rois, se renonçant, versent ainsi la libation.
    Comme les anges marquent l’huis de qui doit être sauvé,
    C’est ainsi qu’apparemment tendres, nous touchons ceci ou cela.
    Ah ! déjà emportés si loin, Marina, si distraits, même sous
    le plus profond prétexte. Faiseurs de signes, rien de plus.
    Ce commerce léger, quand l’un de nous
    ne s’en arrange plus et se décide à prendre,
    se venge, et tue. Qu’il ait pouvoir de mort, en effet,
    nous l’avions tous compris à voir sa tendre retenue,
    et à la force étrange qui fait de nous vivants
    des survivants. Non-être. Sais-tu combien de fois
    un ordre aveugle à travers l’antichambre glacé
    de nouvelle naissance nous porta ? Nous ? un corps fait d ‘yeux
    sous des paupières innombrables disant non ? Porta le cœur
    terrassé de toute une race en nous ? Vers quelque but de migration
    porta le vol, l’image aérienne de nos changements.
    Les amants ne devraient , Marina, n’ont pas le droit
    d’en savoir trop sur le déclin. Il leur faut être neufs.
    Leur tombe seule est vieille. Leur tombe seule, de plus en plus sombre
    sous l’arbre sanglotant, se rappelle à jamais.
    Leur tombe seule casse ; eux sont souples comme l’osier,
    l’outrance qui les ploie les tresse en riche couronne.
    Comme ils s’effacent dans le vent de mai ! Du centre du Toujours
    où tu devines, tu respires, l’instant les exclut.
    (Comme je vous comprends, ô féminines fleurs sur le buisson
    toujours le même. Et me répands de force dans l’air de la nuit
    qui va vous effleurer).Les Dieux ont tôt appris
    à feindre des moitiés. Nous , inscrits dans l’orbite,
    nous sommes devenus pleins comme le disque de la lune.
    Même à la phase décroissante, ou aux semaines du tournant,
    Nul qui puisse nous rendre à la plénitude, sinon
    Non pas, seuls, au-dessus du paysage sans sommeil.

    Rainer Maria Rilke, L’œil du Poète, Textuel,Seuil, 2004, p.177-179

  4. Sept poèmes phalliques

    I

    « Soudain la cueilleuse de roses saisit
    le bourgeon gonflé de son membre de vie
    et dans la frayeur de la dissemblance,
    les suaves jardins en elle s’évanouissent.

    II

    Tu as en moi, été subitement éclos,
    hissé ma semence en un arbre brutal.
    (Ô spacieuse, en toi sens l’arc
    de la nuit où il s’émancipe.)
    Alors il s’éleva, croît jusqu’au firmament,
    reflet qui côtoie des arbres.
    Ah, renverse-le, pour qu’en mon ventre
    retourné, il connaisse l’envers du ciel en quoi
    il se cabre pour de bon et pour de bon jaillit.
    Paysage audacieux, tel ceux que les voyantes
    contemplent dans leurs boules. Cet intérieur où,
    de leur extérieur les étoiles se jettent.
    [Là-bas, la mort fait jour qui dehors semble nuit.
    Et là-bas sont tous ceux-là qui furent
    unis à ceux qui seront
    et groupes sur groupes se groupent
    ainsi que le veut l’ange.]

    III

    De nos regards nous formons cercle, afin
    que, blanche en lui, la tension confuse fonde.
    Déjà ton inconsciente volonté
    érige la colonne en mon bosquet phallique.

    Fondée par toi, l’image du dieu monte
    au subtil carrefour dessous mes vêtements ;
    mon corps entier porte son nom. Tous deux nous
    sommes
    comme un pays où sa magie a cours.

    Or : être bosquet et ciel autour de l’hermès,
    tel est ton rôle. Cède. Afin que
    le libre dieu parmi ses troupes
    jaillisse de la colonne qui d’extase s’écroule.

    IV

    Toi qui défailles, tu ignores les tours.
    Or il te faut connaître telle tour
    grâce à l’admirable espace
    qui est en toi ; referme ton visage.
    Tu l’as dressée à ton insu
    de ton regard et de tes signes et de tes voltes.
    Et la voici soudain, rigide et accomplie,
    et le bonheur m’échoit d’y habiter.
    Ah, que j’y suis à l’étroit.
    Flatte-moi, que ma coupole se dénude :
    que dans tes molles nuits je précipite,
    par l’élan des fusées qui aveuglent ton ventre,
    plus de sentiment que je suis […] »

    Rainer Maria Rilke, Sept poèmes phalliques, Œuvres poétiques et théâtrales, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1997, pp. 657-658.

    [À suivre…]

  5. superbe blog franchement bravo
    bisous fleur merci pour tout ce partage

  6. Guidu

    C’est bientôt le printemps …Le dernier disque de Franco Battiato vient de sortir !
    Voici un extrait :
    Aspettando l’estate

    L’allegrezza del vento fuga i cattivi pensieri
    mentre ogni ombra fugge via le giornate si accorciano
    La sera i fuochi inondano i dintorni di luce
    La tristezza non prevale su me
    col canto la tengo lontana
    le giornate si allungano
    sto aspettando l’estate
    Anche se non ci sei tu sei sempre con me
    per antiche abitudini
    perchè ti rivedrò dovunque tu sia
    Aspettando l’estate all’ombra dell’ultimo sole
    sospeso tra due alberi a immaginare
    l’estasi dei momenti d’ozio
    voglio riscoprire aspettando l’estate
    Anche se non ci sei tu sei sempre con me
    e sono ancora sicuro che io ti rivedrò
    dovunque tu sia

    Amicizia
    Guidu___

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