TDF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Renée Vivien | Le Toucher

Publié le :

11 décembre 2004

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Catégorie(s) :

Poésie d’un jour »



Renee_vivien
Ph., G.AdC





LE TOUCHER



Les arbres ont gardé du soleil dans leurs branches.
Voilé comme une femme, évoquant l’Autrefois,
Le crépuscule passe en pleurant… Et mes doigts
Suivent en frémissant la ligne de tes hanches.

Mes doigts laborieux s’attardent aux frissons
De ta chair sous la robe aux douceurs de pétale…
L’art du toucher, complexe et curieux, égale
Les rêves des parfums, le miracle des sons.

Je suis avec lenteur le contour de tes hanches,
Tes épaules, ton col, tes seins inapaisés.
Mon désir délicat se refuse aux baisers ;
Il effleure et se pâme en des voluptés blanches.




Renée Vivien, Evocations, Alphonse Lemerre éd., 1903, page 11.




_________________________________________
NOTE d’AP : pour le vers 5, j’ai maintenu le texte de l’édition originale de 1903 à laquelle je me suis référée (« doigts laborieux »), le site Renée Vivien de Cristie Cyane ayant opté pour la variante « doigts ingénieux », telle qu’elle existe dans la version remaniée et définitive du poème (conformément à la volonté de Renée Vivien et à la correction transmise par la poète à l’éditeur, au lendemain de la première publication).





RENÉE VIVIEN


Rene_vivien_1



■ Renée Vivien
sur Terres de femmes

11 juin 1877 | Naissance de Renée Vivien
3 mars 1903 | Publication des poèmes de Sappho dans une traduction de Renée Vivien
La Dame à la louve (note de lecture d’AP)
Atthis
Nocturne



■ Voir aussi ▼

le blog de Cristie Cyane sur Renée Vivien
une page Renée Vivien sur le site Remy de Gourmont
→ Nicole G. Albert, Saphisme et décadence dans Paris fin-de-siècle, éditions de La Martinière, avril 2005, 340 pages. ISBN 2846751641.
Compte-rendu de lecture dans fabula.org




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2 réponses à “Renée Vivien | Le Toucher”

  1. Critias

    « Je suis l’être qu’hier ton sein nu vint charmer,
    Qui ne sut point assez te haïr ni t’aimer,

    Que tu mangeas, ainsi que mange ton escorte,
    Les crabes dont la faim se repaît de chair morte,

    Tu l’enserras, avec de visqueuses douceurs,
    Du même enlacement que les pieuvres, tes soeurs…

    Viens, je t’accorderai le remords qui m’accable,
    Sous la paix du pardon profonde et délectable. »

    Renée Vivien, La Rançon in Evocations, même source, page 19.

  2. M.P.

    Le dialogue de la chair
    et du temps
    s’éprend de tes émois

    historiques

    il faut trouver des mots
    il faut traquer des âges
    non totalement

    chronologiques

    L’éloignement peureux
    implorant fort

    la concordance

    Tes regards appuyés
    sur la vie pulsionnelle

    la tendresse et le cri
    empruntant les venelles

    prospectives

    Tes paroles inédites
    ont un goût virginal

    hautement

    échaudé.

    Marie.Pool
    Pour vous deux : Critias&AngèlePaoli
    12/11/04 – 11h07

    J’ajoute un poème de Paul VALERY dans CHARMES

    SYLPHE

    « Ni vu ni connu
    Je suis le parfum
    Vivant et défunt
    Dans le vent venu !

    Ni vu ni connu
    Hasard ou génie ?
    A peine venu
    La tâche est finie !

    Ni lu ni compris ?
    Aux meilleurs esprits
    Que d’erreurs promises !

    Ni vu ni connu
    Le temps d’un sein nu
    Entre deux chemises ! »

    Anthologie de la poésie française établie par Georges Pompidou ,
    Collection classique ,Le livre de poche,
    Nouvelle édition-Hachette 1961,page 449.

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