Alors que des analystes des phénomènes sociaux affirment que notre société se déshumanise, il est intéressant de se plonger dans ces petits bavardages du quotidien, nés d’un regard et d’une rencontre dans les transports publics. On associe trop souvent le temps de voyage à la perspective de se rendre au travail ou de rentrer chez soi fatigué après une journée de dur labeur, mais il n’y a pas que cela. En train, en tram ou en bus, on lit, on somnole, on se livre à de petites enquêtes sociologiques amusantes, on observe les vitrines et puis, aussi, on parle. Sur ce point, les transports publics offrent diverses occasions de nouer des contacts et d’entamer une conversation en toute liberté.
Avez-vous remarqué comme certains engagent facilement la conversation? Sans doute n’en avez-vous pas toujours envie et regardez-vous le bavard d’un œil mauvais. Il existe cependant de nombreux voyageurs pour lesquels les occasions ne manquent pas d’échanger des propos sympathiques et intéressants, d’apprendre toutes sortes d’informations et de croiser de nouveaux visages qui pourraient éventuellement donner naissance à une amitié, si le voyageur est un habitué du trajet que l’on effectue soi-même.
Cette manière de communiquer prend tellement d’importance que des guides pratiques lui sont consacrés, sous forme de livres, de CD ou de dispensateurs de conseils personnalisés, via des cours, des entretiens particuliers ou des méthodes à télécharger sur Internet. Comme dans d’autres domaines, le meilleur y côtoie le pire. Certains en ont fait un métier à part entière et se sont spécialisés dans le langage du corps, une forme de communication souvent inconsciente dont peut dépendre la réussite d’une conversation. La gestuelle est très importante; les yeux, les mains ou les jambes trahissent nombre de choses et cette forme de langage peut être mal interprétée. Il existe donc des cours de compréhension des expressions corporelles et de développement de cette forme de langage.
Si nous prenons l’exemple du train, théâtre de conversations inattendues, le regard revêt une importance stratégique. Un simple croisement d’yeux et tout est dit, la porte vers la conversation s’ouvre grande ou se ferme complètement. D’autres éléments entrent en ligne de compte, comme le fait de tendre les jambes ou de se rencogner au fond du siège dans un coin. Pas simple, il faut l’admettre, de déchiffrer des signes corporels ambigus, surtout lorsque les mots prononcés ne sont pas en phase avec l’attitude du corps. A quelle partie accorder davantage sa confiance? La parole ou la gestuelle? Les sociologues ont là-dessus des avis divergents et il est difficile de se faire une opinion tranchée en la matière.
Le tout est sans aucun doute d’essayer. Se jeter à l’eau, tenter le coup. Après un premier regard, on détourne un peu la tête, on se chatouille l’oreille ou le front, on hésite, on revient vers le visage et puis on se lance. Avec un sujet facile comme la météo ou le retard du train. Inutile de commencer par une leçon de philosophie ou de politique, les petits bavardages du quotidien débutent (par définition) par la vie de tous les jours, celle que chacun maîtrise à sa façon. De l’anodin de la plus haute importance.
Avec un sourire, un peu de bonne humeur et une once de diplomatie, la conversation peut s’engager sur une route tranquille et suivre du regard le voyage qui s’écoulera au fil des mots échangés. Le sourire est sans aucun doute la clé de voûte d’une conversation qui démarre. Si le regard indique que vous êtes présent et que vous avez remarqué l’autre, le sourire dénote une certaine disponibilité et cela peut suffire, dans de nombreux cas, pour établir un véritable contact. Le dialogue est alors amorcé en douceur et en toute simplicité, par un compliment ou une question ouverte.
L’été est là. Les vacances approchent. Et avec elles, les voyages d’un jour ou de toujours. Si vous prenez les transports publics, pensez-y !
Marielle Lefébure
D.R. Texte Marielle Lefébure
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