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Isabelle Alentour | Catherine Getten-Medori

Publié le :

19 août 2026

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                             Deux Poèmes inédits :

       Isabelle Alentour | Catherine Getten-Medori

Il y aura un moment où ce sera le souvenir du dernier moment, nous serons deux dans ton visage,
nous serons nous dans ton visage, nous serons un deuil devenu secret, une pierre lancée dans les airs
qu’on regarde retomber de loin

Il y aura un moment où l’eau, le port, les pêcheurs seront devenus tes mots

Il y aura un moment qui tremblera en brève panique, glissant, entraînant, affleurant, sans plus savoir
s’il est peau s’il est vent

Il y aura un moment où du bord de la falaise je m’élancerai entre les îles et je te dirai Viens, rejoins-
moi ! et tout te reviendra, je dirai je veux parler entre tes lèvres, tu me répondras Tu as inventé tout
ça, avoue-le !

Il y aura un moment de carte postale, avec derrière écrit Les traces se comptent à rebours, aujourd’hui ça fait plus de dix ans, par comparaison, le port c’est 1452, et la grotte 28000 avant notre ère

Il y aura un moment où l’œil en attente de lumière se dira de l’intérieur, se dira traversé de part en
part, dira rien n’est plus pareil, il y aura un moment où rien ne se verra mais tout sera changé

Il y aura un moment où au milieu de la foule tu entendras parler de ma mort et ce sera sans détresse
et tu ne donneras plus mon prénom au désastre. Je ré-accorderai ma guitare que tu auras gardée tout
ce temps, au toucher elle s’effritera et ce sera un merci à la vie, car mourir en aimant fut une chance

Isabelle Alentour pour la revue Spirla

IMG

 

« Mourir ne finit pas le monde ».

IMG 3902 (2)Ph. Claude Giannini

Y aurait-il une histoire avant notre histoire,
une vie avant notre vie, une mort avant notre vie ?

Faut-il s’engloutir dans la mémoire des corps ?
Faut-il faire parler nos os et nos entrailles ?
On se perd dans l’empreinte des mains sur les murailles.
On ne laisse une trace que du vivre au mourir.
                                   De l’aube au crépuscule, la main écrit l’instant.

Laisser sa marque comme une blessure de l’âme.
Nommer chaque chose de ce qui n’est plus là.
Ecrire chaque page du livre de nos vies
Comme une tentative de garder la présence.
                                    La présence ne s’efface pas sans laisser de traces.

Tu me dis : je suis un voyageur de passage.
Peut-être n’y a-t-il d’avenir que dans l’oubli ?
Le sable est-il notre seule part d’héritage ?
Nous y laissons nos pas comme un jeu interdit.
                                  Tu n’arrives jamais qu’au seuil de l’absence.

Tout ombre redevient poussière de lumière
Ce sont les traces infimes de toutes nos rechutes.
Tu bois de ton enfance. Si souvent oubliée.
Toi qui laisses sur le sable l’empreinte d’une clé.

In « Traces », Spirla n°5, Arts Lettres & Idées, Septembre 2026, pp. 30, 31.

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